L'idéal se fait réel en Afrique du Sud. Nous avions commencé à rêver, dès la semaine dernière, une demi-finale entre l'Espagne et l'Allemagne. Nous l'aurons. Les matches grâce auxquels ces deux équipes viennent de nous offrir ce rendez-vous ont confirmé les raisons que nous avions d’espérer qu’il constitue le sommet de ce que le football, comme spectacle télévisuel, peut offrir en 2010. Plus encore : à travers leurs adversaires interposés, les deux protagonistes du match de mercredi ont déjà, dans la pampa d’un samedi, commencé leur affrontement, tout à la fois dans le jeu et dans l’image.
L'Allemagne et l'Espagne, comme le jour et la nuit, comme la marée et la dune, sont aujourd'hui la meilleure incarnation des deux faces opposées et complémentaires du style de jeu fondé sur la circulation collective : le jeu de conquête des espaces par passe longue et le jeu court qui ouvre les espaces par petit décalages. Il faudrait peut-être prendre le temps d'explorer, si ce n'était si triste, la catastrophe de ces équipes, comme l'Argentine, le Brésil ou même, malgré la victoire, les Pays-Bas, qui semblent avoir complètement renoncé à leurs traditions de construction collective. On préfère suivre ceux qui les font vivre, tout particulièrement parce que le riche tissu de plans et de points de vues dont profite aujourd'hui l'enregistrement d'un match trouve dans ces styles si harmonieusement articulés la trame idéale pour étendre le champ du spectacle sans en sacrifier l’intelligibilité. Or, hier, samedi dernier, l'Allemagne a poursuivi dans l'après-midi deux pistes de mise en scène que l'Espagne a eu l'audace de réunir le soir en un admirable bouquet.


