Quel est le rapport entre Uncle Boonmee et l’installation Primitive, où ce personnage est apparu pour la première fois ?
Le film porte sur la mémoire du Nord-est de la Thaïlande où j’ai grandi. Le personnage de Boonmee est lié au projet Primitive dans le sens où ce village de Nabua est habité par des gens qui tentent d’oublier leur passé brutal, alors que ce type est capable de se remémorer tant de choses. Il est un exemple des souvenirs de la région. Quand je tournais le film, cependant, j’ai tenté de ne pas me concentrer sur ses vies passées. Je suis davantage intéressé par la vie quotidienne, par le paysage. Et le film est devenu peu à peu quelque chose sur la mémoire du cinéma que j’aimais regarder. Les points de couture d’un récit sont apparus. Le film a six bobines, et chacune d’elles, si vous vous donnez la peine de le remarquer, emprunte un style cinématographique différent.
Quelles sont les particularités formelles de ces six parties ?
Ce ne sont pas vraiment des chapitres, plutôt une transformation douce et progressive. En fait, je ne suis pas sûr que les gens le remarqueront tant la narration est simple. Pour moi, c’est un cinéma ancien avec ces caractéristiques changeantes - mélodrame, documentaire, horreur, expérimental.
La mémoire du cinéma a toujours été importante dans ton travail. Néanmoins, il semble qu’il tende de plus en plus vers l’observation du contexte politique des paysages. Avec Syndromes and a Century, où l’on pouvait sentir quelque chose du destin et de l’avenir de la Thaïlande ; puis peut-être aujourd’hui avec Primitive et Uncle Boonmee, et leurs jeunes (déguisés en) soldats, manipulant des agents de destruction dans une logique récréative. Es-tu d’accord avec cette évolution ? Et est-ce qu’elle refléterait quelque chose comme un engagement politique croissant, un regard préoccupé par les troubles politiques en Thaïlande, voire une responsabilité nationale ?
Je le pense. Il est difficile de ne pas s’engager dans le domaine politique lorsque tu es entouré par ce qui se passe en ce moment. Ce n’est pas une responsabilité, plutôt une impression. Je ne peux pas dire dans quelle direction mon cinéma se dirige. Mais la politique est une possibilité évidente.






