Entre Créatures Célestes et The Informant, on ne vous a pas beaucoup vue au cinéma. Pouvez-vous parler de ce que vous avez fait entre temps ?

Pendant plusieurs années j’ai été dans la série Mon Oncle Charlie. Et puis, j’ai joué quelques rôles au cinéma. Longtemps, j’ai enchaîné des tournages «alimentaires» : Shattered Glass, Sweethome Alabama, Coyote Ugly, je ne connais pas les titres en français.


Avez-vous l’impression de renaître, cinématographiquement, avec les films de Soderbergh et de Mendès ?

J’ai surtout l’impression d’avoir eu beaucoup de chance, cette année, parce qu’on ne fait pas souvent des films que l’on aimerait soi-même.


Est-ce qu’il y a un point commun aux deux rôles ?

Non, ils sont différents. Le film de Sam transmet une certaine tristesse.


En particulier lors de votre scène de pole-dance. Il y a alors un mélange intéressant de tristesse et de glamour. Et Chris Messina vous regarde.

Le scénario était magnifiquement écrit. Du coup, on a dû adapter beaucoup de choses. La chanson a beaucoup changé. J’ai eu des amies qui ont vécu les mêmes expériences que mon personnage, donc j’ai pu penser à elles, et ajouter une sorte de douleur à ce moment-là.


La musique sur laquelle vous dansez dans le film n’est pas celle sur laquelle vous avez dansé au moment du tournage ?

Non. Elle était différente. Dans le scénario, ça devait être Girls Just Wanna Have Fun, de Cindy Lauper. Je vois bien que ça aurait été triste, mais aussi un peu obscur pour les gens. Sam a voulu changer, dans un premier temps il a pensé à Don’t Worry Baby, des Beach Boys. C’est une jolie chanson, triste, aussi. Mais quand j’ai vu le film, c’était encore un autre morceau.


Vous avez tourné avec 4 réalisateurs oscarisés : Eastwood, Mendès, Soderbergh, Jackson.  Lequel est le plus proche de votre sensibilité ?

Soderbergh. Parce que je n’aime pas beaucoup répéter. J’aime quand les choses sont spontanées, et c’est aussi ce qu’il aime. Il filme rapidement et il vous laisse aller, mais vous vous sentez en sécurité. Nous nous sommes bien entendus. C’était tout le temps marrant. Je ne voulais pas que ça se termine.


Ce qui était marrant, c’est surtout votre perruque.

La perruque était extraordinaire. Mais, tous les quatre que vous venez de citer sont géniaux. Peter a été le premier avec qui j’ai travaillé, je ne suis pas allée à l’école d’acteurs. Ce film, ça a été mon école. J’avais 15 ans, et mon rêve, c’était de devenir actrice. Je ne me rendais pas compte d’à quel point il était fort. Peter m’a appris tout ce que je sais, littéralement.


Sur internet on lit que vous vouliez devenir critique de cinéma.

C’est ce que j’aurais fait si je n’étais pas devenue actrice. J’aimais les films plus que tout au monde, et c’est toujours le cas. Je pensais que je serais journaliste si je ne réussissais pas à être actrice.


Y a-t-il quelque chose de précis que Peter Jackson vous a dit et qui vous sert encore ?

Il m’a appris beaucoup sur l’engagement total, le fait d’aller vraiment profondément à l’intérieur de son personnage, tout en étant capable d’en revenir. Il m’a expliqué ça : cette façon de se perdre, mais de se retrouver soi-même, sans devenir fou.


Je suis étonné par ce que vous m’avez dit sur Soderbergh. Il avait plutôt l’air d’être l’intellectuel du lot. Dans Girlfriend Experience il y avait ces lents travellings, et je pensais qu’il voulait justement contrôler tout ce qui se passerait pendant. Mendès est donc plus précis ?

Oui, beaucoup plus. C’est qu’il vient du théâtre. C’était étrange parce que j’ai tourné The Informant avant Away We Go, mais pour Away We Go, j’ai eu des tonnes de répétitions, des répétitions de danse aussi. J’ai fait tout ce travail, tandis que Steven ne voulait même pas en entendre parler. Il ne voulait pas discuter, il ne voulait pas parler du jeu, ni de ce qu’il voulait. Il voulait juste voir ce qui se passerait. Donc j’ai énormément travaillé avec Sam, puis j’ai tourné le film de Steven, puis je suis revenue au film de Sam pour le tourner. C’était vraiment étrange. J’étais tellement préparée pour cet autre film.


Donc c’était votre première expérience du pole-dancing ?

Oui !


Ce qui tombe bien, puisque vous ne deviez pas avoir l’air d’en avoir l’habitude.

Exactement. J’ai quand même pris des leçons pour moi-même, à un, comment dire ? Un cours de strip-tease de Los Angeles. J’ai montré ce que j'avais appris à Sam et il m’a dit, non, je ne veux pas que tu aies l’air de savoir ce que tu fais. Tu dois simplement exprimer quelque chose.


Vous étiez arrivée au point où vous saviez ce que vous faisiez, et vous avez dû tout désapprendre ?

Oui. J’avais appris des trucs et des machins, et c’était vraiment impressionnant, mais ce n’était pas ça… Peut-être que je pourrai les réutiliser un jour pour quelque chose d’autre [Rires].


Vous avez joué dans deux films historiques : Mémoires de Nos Pères et The Informant, les autres sont contemporains. Est-ce qu’un acteur doit jouer spécialement lorsqu’il joue dans un film historique ? Faut-il se débarrasser de certains tics de langage, par exemple ?

Oui, un peu.


Enfin, The Informant, c’est 1992.

Oui, et Créatures Célestes, c’est les fifties. Et puis j’ai fait un film, A Tout Jamais, qui se passait au 17e siècle ou quelque chose comme ça.


Oui, avec Drew Barrymore et le méchant de Mission : Impossible 2.

Oui, exactement, Dougray Scott. Il était censé jouer Wolverine, le pauvre. Donc, oui, le langage corporel est différent, il faut bouger différemment. Pour Mémoires de Nos Pères, j’ai appris un accent du New Hampshire, car mon personnage venait de là-bas. J’ai regardé des films de l’époque, et des extraits où ils parlaient bien comme à l’époque. Car mon propre accent américain sonne vraiment trop californien.


Vous perdez votre accent néo-zélandais quand vous jouez ?

Oui. Si je dois jouer une américaine, oui. L'accent américain me vient facilement, mais il est californien. Donc j’ai travaillé pour me débarrasser de ce qui sonnait trop moderne.


Vous avez fait d’autres films sur lesquels vous deviez travailler sur votre façon de parler ?

Oui, tous. Tous ceux que j’ai faits.


Vous changez à chaque fois ?

Plutôt, oui.


Vous ne reposez pas sur ce que vous êtes. Vous essayez d’ajouter quelque chose d’autre.

Pour moi, c’est beaucoup plus intéressant. Et c’est amusant parce qu’en général, j’ai des petits rôles. Je n’ai pas beaucoup de place pour créer de grands personnages, donc je dois faire avec de petites choses… Quand j’ai le choix entre plusieurs films, j’essaie toujours de choisir quelque chose que je n’ai jamais fait avant.


En ce qui concerne Mendès, on peut imaginer qu'il vous a choisie pour Away We Go parce qu'il s'agissait du double positif de Revolutionary Road, et que dans Créatures Célestes vous êtes en quelque sorte le double de Kate Winslet. Comme son personnage de Revolutionary Road, votre personnage d'Away We Go, perd son bébé.

Je n’avais jamais pensé à ça. C’est étonnant. Il avait plutôt parlé du fait qu’Away We Go était un moyen pour lui de s’éloigner de la tristesse de Revolutionary Road, il voulait faire quelque chose d’amusant et de léger.


Même si vous avez hérité du passage triste ! Parlait-il souvent de Revolutionary Road ? Est-ce qu’il s’y référait souvent ?

Il venait tout juste de le terminer, donc il en parlait souvent. C’était encore très frais dans son esprit. Il évoquait certaines scènes… Par exemple, nous  avons travaillé sur Away We Go avec Cynthia Onrubia, la même chorégraphe que pour Revolutionary Road, quand Kate danse.


Avec l’homme qui la saute dans la voiture juste après, c’est ça ? Le rock ? Donc c’était la même pour votre pole-dance et pour le rock.

C’est une femme géniale, elle a fait les chorégraphies de Chicago, elle est fabuleuse. Sam racontait juste des anecdotes de temps en temps. Je pense qu’il était heureux de faire quelque chose de marrant, de relâcher la pression.


Il avait besoin de le faire ou il voulait le faire, plus simplement ?

Il en avait vraiment besoin.


Kate Winslet était-elle sur le plateau ? J’imagine que vous êtes amies.

C’est toujours un bonheur de la revoir. Nous avons gardé le contacte pendant quelques années après Créatures Célestes, nous étions proches, et puis nous nous sommes perdues de vue. Je ne l’ai pas vue depuis des années et des années. Mais elle venue voir Sam parce que c’était leur anniversaire de mariage. On a parlé et on s’est un peu retrouvées, on s’est dit bonjour, mais je lui ai dit : file, c’est ton anniversaire de mariage !


C’est la même histoire que celle des personnages du film.

En quelque sorte, mais elles étaient obligées ! Elles seraient allées en prison à perpétuité si elles s’étaient revues.


Peut-être que, de la même manière que Mendès a fait Revolutionary Road après Titanic, quelqu’un voudra vous réunir, Kate et vous.

Oh, j’adorerais retravailler avec elle.

 


Propos recueillis et traduits de l’anglais par Camille Brunel le10 décembre 2009 à Courmayeur.

Elle figurait dans le jury du festival de Courmayeur présidé par Dario Argento. A côté du maître, la jeune actrice (elle a 32 ans) néo-zélandaise se faisait plutôt discrète. On lui connaît un début de carrière tonitruant avec Créatures Célestes, film de Peter Jackson n’annonçant pas vraiment Le Seigneur des Anneaux mais plutôt The Lovely Bones, en salle ce mois de janvier. Elle a joué cette année chez Steven Soderbergh, femme de Matt Damon dans The Informant, et chez Sam Mendès, épouse à nouveau, de Chris Messina dans Away We Go. Un peu plus tôt, on l’avait remarquée dans Mémoires de nos Pères ; dans cette conversation elle évoque plusieurs rôles « alimentaires », nous laisserons à la discrétion de notre lecteur d’aller s’en enquérir sur imdb. Aucun projet ne l’attend en ce moment.

À L’HÔTEL GRAN BAITA

RENCONTRE AVEC MELANIE LINSKEY

Melanie Lynskey dans The Informant de Steven Soderbergh