Si Tokyo s’avère toujours incapable de créer un territoire, une communauté accessibles de galeries, musées et autres espaces d’arts, imposant des trajets qui sillonnent la ville sur tous ses axes, Yokohama a le mérite de rassembler les lieux qui diffusent et exposent à une échelle plus docile. Cependant, cette ville manifeste, depuis la création de sa Triennale d’Art Contemporain il y a plus de dix ans, un réflexe qu’elle peine à corriger, qui se manifeste, au sein d'un seul évènement, par une répartition d’oeuvres dans plusieurs quartiers de proximité. Yokohama aime faire marcher son public.
Au cours de cette décennie finissante, de vieux bâtiments furent récupérés par le secteur culture de la mairie, d’anciens entrepôts principalement, devenus centres d’art. Leur monumentalisme, parfois, intimide et dépasse leurs directeurs. De ce fait, on croit beaucoup au “prêt” de ces espaces publics. C'est une façon d’observer comment investir un lieu. CREAM, première édition d’un festival art & media ayant frappé à toutes ces portes comme à celles de tous les médias, se disperse entre deux campus de la Tokyo Geidai University of Arts, au BANKART Studio NYK, et parsemées ici et là, des oeuvres légères telle HEAVENHELL de Chris Chong Chan Fui, hommage à Akira Kurosawa réalisé à Koganecho, quartier autrefois chaud et ouvrier de Yokohama [entretien avec CCCF].
Divisé et réparti entre des installations vidéo d’artistes reconnus (Fiona Tan, Michael Snow, Alfredo Jaar), des monobandes de collectifs et d’associations et des longs-métrages d’artistes dont Steve McQueen et Pipilotti Rist (Hunger et Peppermenta), entre travaux d’étudiants de Tokyo Geidai et créations réalisées pour le festival, CREAM pouvait courir le risque d’être trop riche et trop lourd. Ce n’est guère le cas. La crème a tourné puis s’est diluée en se répandant dans les courants d’un concept de base hésitant entre le conflit et la complicité des supports
Conflit et complicité des supports : un thème sur lequel Raymond Bellour, pour son premier passage au Japon, s’arrêtait lors d’une conférence revenant sur son célèbre essai, «Le texte introuvable». Celui- ci évoquait l’impossibilité, jadis, de citer véritablement, concrètement, le film pour une analyse. A l’heure du DVD commenté, augmenté de démonstrations érudites, et des sites consacrés à l’image, R.B. se tournait vers ces oeuvres contemporaines qui s’engagent à retrouver l’aura de l’incitable, par des oeuvres qui n’existent toujours pas

