L'étrange familiarité d'images distantes dans le temps a tendance a favoriser la monomanie. Il devient presque naturel d'appuyer où ça fait mal, et nulle part ailleurs. Le montage chronologique et le retour régulier des moments contemporains dresse une histoire paradoxale : elle narre une progression tout en la bloquant, elle feint d'amorcer un mouvement pour ne progresser que verticalement, en intensité. Stratégie lyrique douloureuse et grinçante. L'association de la musique grandiose et des explosions militaires déchirant la pellicule ne fait qu'amplifier une situation inextricable, qui condamne les coréens du Sud à célébrer l'intervention américaine comme ceux du Nord le grand leader. Le final évoque clairement Les Dieux du stade : à la tribune d'un stade monumental, cerné par le béton lisse de l'ancien monde, George W. Bush s'adresse au peuple et semble lui-même embarrassé de s'entendre traduire dans l'emphase hurlante d'un coréen de guerre.



