16 mai 2009. Ecrire sur Mendoza sous une bannière empruntée à Raya Martin nécessite au moins un avertissement : les deux ne s'aiment pas. Du moins l'année dernière (le premier présentait Serbis en officielle, le second Now Showing à la Quinzaine), et par journaliste interposé. Mais il ne s'agit pas d'une querelle d'hommes. Les deux font un cinéma radicalement différent. Et radical, chacun à leur manière. Brillante Mendoza avec des films courts et abrupts, (...) tous tournés de la même manière, sur le vif, en caméra embarquée dans les baskets d'un personnage. Raya Martin, dans des films possiblement fleuves (4h30 l'année dernière) aux parti-pris au moins en partie conceptuels, très attentif à la plastique des images. Des deux, le plus friand d'effets est pourtant sans aucun doute le premier, et ce malgré la manière hyperréaliste qu'il reconduit dans chaque film. Kinatay, sombre histoire d'un châtiment mafieux, est faussement lumineux dans son premier quart d'heure : une jeune recrue de police se marie, suit les cours, encaisse les blagues, etc. La suite est une descente aux enfers - tabassage en voiture, découpage d'un corps - qui rend le jeune coupable de non-assistance. La fin : brutale, évidemment, d'autant plus sans espoir qu'elle remet le cauchemar dans des problématiques de vie (fermer les yeux devant une boucherie pour continuer à nourrir sa famille ?). Ceux qui voudront prêter l'oreille entendront que tout est vicié quand la police est à ce point corrompue, et verront dans le bonheur initial un pur et simple mensonge. C’est, en bref, une histoire typiquement hollywoodienne traité sur un mode tiers-mondiste. Un film au décor très local mais aux manières complètement world. L'exact opposé de la radicalité de Raya Martin qui emprunte délibérément une esthétique hollywoodienne de film muet ou de bande d'actualité pour rendre les Philippines à un cinéma qui leur est propre (...).
Serbis, le précédent Mendoza à Cannes en 2008, avait été très aimé, loué pour des audaces comme le volume poussé de sa bande-son ou l'arlésienne cannoise de la fellation live, sans qu'on puisse attribuer cette fortune critique à autre chose qu'à l'excitation d'accueillir sur les tapis rouges cannois un film un peu punk. Il n'y a aucune raison de traiter autrement Kinatay (...).
23 novembre 2009. Voici ce que nous écrivions en sortant de la projection de Kinatay à Cannes. À cet instant, il semblait assez évident que la côte de Brillante Mendoza chuterait brutalement. Idée de court-métrage étirée en long : geste fastidieux qui devrait, en lui-même, provoquer chez le spectateur une résistance d'une violence comparable à celle endurée, dans le film, par une jeune recrue de police assistant au meurtre d'une prostituée châtiée à cause d'une dette. Rien de pire que ce vieux mécanisme de radicalité assimilant le spectateur passif à un témoin coupable de non-assistance, naïf puis traumatisé.
Or Kinatay a bonne presse. Et une presse pas inconsciente du mécanisme sadique de Mendoza. Mais une presse qui le sauve néanmoins, contre Haneke, au nom d'un primitivisme : cet homme n'est en effet pas un petit juge autrichien mais un naïf philippin. Drôle d'éloge aux relents de colonialisme, qui, bien sûr, se soucie peu de savoir que Mendoza vient de la publicité et de la télévision. Triste relève, en vérité, du grand expérimentateur et portraitiste de la psychologie philippine que fut Lino Brocka. Dans ce qui précède, nous ne changerions aujourd'hui qu'une chose : Serbis, hommage aux acteurs et au cinéma philippins logé dans l'enceinte bruyante d'un porno, était bien meilleur que Kinatay.
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