Bienvenue d’abord à Ruben Fleisher qui signe son premier film. Contrairement à ce qu’il laisse entendre, Bienvenue à Zombieland n'est pas qu'une parodie de la culture nerd américaine. C’est aussi une comédie sur les États-Unis et les névroses de ses habitants. Articulée par des éléments de jeu vidéo, la comédie ne prend cependant pas la forme d’une partie de Warcraft. Le film reste un jeu, où la violence, bien que présente, est absurde : ni morts, ni rade de munitions. Un jeu pourtant sérieux où pour survivre, il y a des règles à suivre. Celles-ci s’incrustent régulièrement à l’écran sous forme de panneaux virtuels.
« Règle numéro 1 : l’endurance ». Il s’agit d’échapper à la quasi-totalité de la population des Etats-Unis, contaminée par un virus et métamorphosée en zombies cannibales lancés aux trousses des derniers survivants. Parmi eux, Colombus décide de partir à la recherche de sa famille. Sur sa route, il rencontre d’autres survivants. Tallahassee (Woody Harrelson) , mâle primaire armé jusqu’aux dents et fan de Bill Murray. Sa devise : « on peut aller loin avec un peu de culot et beaucoup de quincaillerie » (comme le film ?). Puis Little Rock, gamine de 11 ans qui manie les armes mieux que la dînette, et sa grande sœur Wichita. La concision (1h20) et la maîtrise comique évitent les risques de méta ou de grotesque. Les quatre personnages s’allient pour rejoindre Los Angeles et la seule zone non-atteinte des Etats-Unis : un parc d’attractions à LA. Du moins le croient-ils. Le film prend alors des allures de road-movie, d’où la règle numéro 2.
« Règle numéro 2 : Attacher sa ceinture ». C'est, comme toutes les autres, une règle bête, le genre de remarques que l'on se fait devant un film d'horreur lorsqu'une blonde s'aventure à la cave. Accrocher sa ceinture donc, pour ne pas être tué bêtement dans un accident de la route alors qu'on vient d'échapper à une meute de zombies en rut. Boucler sa ceinture, aussi, car il faut s’accrocher pour naviguer dans un savant mélange de références populaires. Colombus (Jesse Eisenberg) a évidemment tout d’un personnage d’Apatow (on l'a vu en 2008 dans Adventureland de Greg Mottola). Immature et socialement exclu, consommateur frénétique de jeux vidéos, il vit ses premiers émois sentimentaux avec Wichita. Les références au cinéma d’horreur servent efficacement l’avancée des personnages dans l’histoire. Par exemple, la musique de SOS Fantômes qui réveille Bill Muray
« Règle numéro 3 : Double Dose ». Sous le beau masque de zombie de Bill Murray, c’est le double-fond du film et son propos qui apparaissent. B.M. s'est grimé en zombie, meilleure parade pour tromper les zombies. Ce faisant, il trompe aussi les non-zombies et se fait tirer dessus par Colombus. La halte est courte mais drôle. Drôle que Bill Murray devienne, par un processus de sélection naturel, la plus grande star vivante, un roi dans un palais qu'on ne lui imaginerait pas, car c'est le seul acteur ayant encore des admirateurs. Vaine et triste gloire bien sûr. Revanche des losers. Fleischer insiste sur toutes sortes de névroses qui animent l'ado Colombus : la peur des clowns, la surabondance des armes, des jeux vidéos, de Facebook. Voire même des maladies : après avoir touché un corps, Colombus propose à ses amis du gel antibactérien pour les mains. Derniers survivants peut-être, les personnages n’ont pas l’étoffe de héros, et pour cause.
« Règle numéro 4 : ne pas jouer les héros » Ils ne sont pas des sauveurs. « Little Rock », « Wichita », « Colombus » et « Tallahassee » sont des noms donnés par ce dernier pour garder l'anonymat, surtout pour ne pas s'attacher à des survivants qui sont avant tout des proies en sursis. Ces noms reconfigurent la carte des États-Unis sur celle d'Internet. Des pseudos d’internautes se rencontrant dans un jeu en réseau. L'étrange recherche du « twinkie » (gâteau à la crème dont Tallahassee est fou) n'est qu’un « bonus » permettant de passer dans un autre monde. C'est donc un road-movie virtuel, l'un des tout premiers. Pourquoi virtuel ? Car la séquence introductive identifiait la mort de la dernière caméra amateur. Celle d'un inconnu, commençant à faire le témoignage de la zombification intégrale des États-Unis, avant de se faire dévorer. Belle parodie des films-tombeaux (voir Paranormal Activity). Entrée paradoxale dans un monde où revivent les mises à mort au ralenti de Peckinpah, la grande valse des référence et du name-dropping. Un monde à nouveau entièrement maniériste, mais sérieux, remoralisé.
Charlotte Serrand
7 décembre 2009

