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FID Marseille, 23e édition

Récapitulons

La 23e édition du FID Marseille, qui s’est tenue début juillet, fut la onzième sous la direction de son délégué général Jean-Pierre Rehm. Grâce à lui et à une équipe fidèle, le festival a acquis davantage qu’une solide stature internationale, la reconnaissance d’un travail sans égal et aujourd’hui largement imité. Récapitulons. Appelé dans les années 1990 Biennale Européenne du Documentaire, puis Festival Européen du Film Documentaire, Vue sur les docs ou encore Fictions du réel, le festival a transformé son appellation en l’acronyme FID Marseille. L’année dernière, le mot documentaire disparaît du sous-titre pour cette présentation simple : Festival international de cinéma. Quitter un champ défini et s’ouvrir en même temps à la totalité de la production cinématographique ne signifie pas forcément perdre le cap si cette démarche s’accompagne d’une exigence renforcée. C’est un défi que le festival se donne d’année en année, celui de se retrouver à chaque fois, non pas dans le vide, encore moins dans sa propre tanière, plutôt – le mot a dû être prononcé par J-P.R. qui cite parfois Heidegger dans ses discours inauguraux – dans une clairière.

C’est l’aboutissement d’une transformation qui n’a pas voulu se faire décret héroïque, mais réceptacle des mutations cinématographiques des années 2000. Un temps où la technologie numérique naissante a requis une nouvelle vision des images du début du XXe siècle ; où le cinéma contemporain et celui des origines, partis à un siècle d’écart à la découverte du monde, se sont logiquement découverts une étrange fraternité. Il était beau que cette édition s’ouvre avec la présentation d’un film de ce point de vue exemplaire, Tabou de Miguel Gomes, et que celui-ci vienne glisser quelques mots à l’oreille du public marseillais.

Retirer le mot documentaire de l’affiche explique une volonté de soustraire le genre au sanctuaire où il fut autrefois enfermé contre une fiction tenue comme empire du faux. Documentaire n’a d’ailleurs jamais signifié ici une clôture, une limite ; au contraire, une porosité des images, des registres, des cinéastes, des époques. Cinéma n’est plus le nom d’un art dont on pourrait isoler les spécificités mais le lieu où les images voisinent dans la plus grande amplitude, afin de sortir des vocabulaires spécialisés pour des motifs à plus vaste portée. Il y a dix ans, ce combat en était à ses débuts, et le FID eut l’idée forte de s’abreuver à d’autres sources pour proposer des films qui ne seraient entrés dans les catégories d’aucun autre festival, de sorte que des films issus de la production classique de cinéma, de la production plus marginale du documentaire et de celle du milieu de l’art contemporain ont pu cohabiter dans le même temps et les mêmes lieux. À une époque où l’on affirmait que de multiples cinémas existaient sans commune mesure et pour des publics distincts, le FID affirmait qu’il n’y en avait qu’un seul où tous les films, à la condition d’un travail éditorial rigoureux, pouvaient dîner à la même table.

Ce discours esthétique fondamentalement généreux n’a pu aller sans un certain volontarisme théorique : celui des films, concentrés sur l’invention d’opérations cinématographiques nouvelles ; celui du festival, devant des enjeux qui devaient remettre vigoureusement en cause les idées reçues. Ce temps semble révolu. Sans rien abandonner, la 23e édition du FID Marseille a manifesté une quiétude et une souveraineté nouvelles. Parce qu’il n’a voulu se spécialiser nulle part, il est devenu une spécialité en lui-même, une manière singulière d’accueillir l’ensemble du cinéma. Sa stature internationale lui permet, par les liens tissés avec ses cousins ou neveux, d’accueillir des films et plus, les signes d’effervescences lointaines et amies. Il fut par exemple parmi les premiers à présenter le nouveau cinéma philippin en France. Cette année, avec la sélection en compétition internationale de Hasta el sol tiene manchas, il a présenté davantage qu’une rareté guatémaltèque, la preuve optimiste d’une effervescence étrangère à suivre.

On pourra relire l’entretien que J-P.R. nous accordait il y a quelques années, et qui explicitait les enjeux du festival aussi bien qu’une pensée du cinéma capable de naviguer entre toutes les frontières. Celle-ci indique des voies de traverse. Il serait contre-productif de s’en tenir ici aux sélections compétitives. Les écrans parallèles n’offrent pas de films moins beaux. Les rétrospectives donnent aux films anciens une pertinence contemporaine, et aux nouveaux un relief que l’actualité tend à aplatir. Chaque parcours au FID Marseille est nécessairement singulier. Non pas autarcique mais soumis aux hasards des envies, des programmations et des trajets. Il n’y a pas de parcours idéal, et le mien, qui ne dura que 48 heures, ne prétend à aucune exhaustivité, juste à l’ampleur suffisante que chacun peut vouloir donner à ses souvenirs. 

par Antoine Thirion
mercredi 25 juillet 2012