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	<title>independencia</title>
	<link>http://www.independencia.fr/revue/</link>
	<description>Independencia est un journal critique consacr&#233; au cin&#233;ma. Independencia est &#233;galement &#233;diteur, producteur et distributeur.</description>
	<language>fr</language>
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		<title>Retour sur l'ouverture</title>
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		<dc:date>2013-05-23T07:55:12Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Louis S&#233;guin</dc:creator>



		<description>Le premier long m&#233;trage Katell Quill&#233;v&#233;r&#233;, Un poison violent, avait provoqu&#233; assez peu d'enthousiasme au sein de la r&#233;daction lors de sa pr&#233;sentation ici m&#234;me il y a trois ans [cf. ICI ]. C'est donc avec le m&#234;me sentiment qu'on entrait dans la salle de projection du second film de ladite. Si Suzanne finalement emporte le morceau, c'est qu'il semble lutter (et triompher) l'air de rien contre les tics d'un cin&#233;ma fran&#231;ais gentillet, bienveillant voire condescendant. 6.3 Au d&#233;but, une fillette se tr&#233;mousse (...)

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&lt;a href="http://independencia.fr/revue/spip.php?rubrique82" rel="directory"&gt;Cannes 2013&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; src=&quot;http://independencia.fr/revue/local/cache-vignettes/L140xH102/arton774-7038e.jpg&quot; width='140' height='102' style='height:102px;width:140px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le premier long m&#233;trage Katell Quill&#233;v&#233;r&#233;, &lt;i&gt;Un poison violent&lt;/i&gt;, avait provoqu&#233; assez peu d'enthousiasme au sein de la r&#233;daction lors de sa pr&#233;sentation ici m&#234;me il y a trois ans [cf. &lt;a href=&quot;http://independencia.fr/revue/spip.php?article169&quot; class='spip_out'&gt;ICI&lt;/a&gt; ]. C'est donc avec le m&#234;me sentiment qu'on entrait dans la salle de projection du second film de ladite. Si &lt;i&gt;Suzanne&lt;/i&gt; finalement emporte le morceau, c'est qu'il semble lutter (et triompher) l'air de rien contre les tics d'un cin&#233;ma fran&#231;ais gentillet, bienveillant voire condescendant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;6.3&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au d&#233;but, une fillette se tr&#233;mousse sur sc&#232;ne pour un spectacle de fin d'ann&#233;e, tandis que son p&#232;re (Fran&#231;ois Damiens) la filme avec son cam&#233;scope, et que sa petite s&#339;ur la regarde avec admiration. Mais la fillette, sur sc&#232;ne, a l'air inquiet. Pressent-elle que son destin va l'accabler ? On les retrouve chez eux, dans des morceaux de bravoure naturaliste, puis l'on d&#233;couvre que le p&#232;re est chauffeur routier. En l'espace de quelques minutes, plusieurs voyants se sont donc allum&#233;s et font craindre le pire : Pialat, biopic mis&#233;rabiliste, fiction de gauche&#8230; Mais non, le temps passe et les voyants s'&#233;teignent. Les fillettes deviennent adolescentes (Sara Forestier et Ad&#232;le Haenel). Le film fonctionnera enti&#232;rement sur ce syst&#232;me d'ellipses gigantesques, marqu&#233;es par des fondus au noir (et des noirs) longs, faisant penser &#224; des fins de tomes qui sont autant de petites morts. Suzanne (Sara Forestier) se prend des coups, mais la cin&#233;aste ne l'accable pas, n'en fait pas non plus une all&#233;gorique m&#232;re courage.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le film pr&#233;serve toujours une sorte de l&#233;g&#232;ret&#233; jusque dans ses plus amples pouss&#233;es romanesques. T&#232;s &#233;crit, il ne pr&#233;sente pas son propre sc&#233;nario (par d&#233;finition toujours un peu arbitraire) comme un programme transcendant &#224; ex&#233;cuter par les personnages, et mis sur pied par on ne sait quelle divinit&#233;. La faute avec un grand f, pour Suzanne, n'est pas un gouffre pr&#233;par&#233; contre elle depuis le d&#233;but. Elle faute librement, et &#224; vrai dire n'en tire pas d'enseignements d&#233;mesur&#233;s. Le trio d'acteurs (Damiens, Forestier, Haenel) joue en parfaite harmonie, et donne &#224; l'histoire de cette fille libre et irresponsable la vitalit&#233; d'un roman feuilletonesque. Le temps, personnage principal du film, se manifeste par quelques trouvailles brillantes, dont l'enfant de Suzanne, Charlie. Fille m&#232;re, Suzanne traine le Charlie de trois ans comme un boulet, un poids (d'ailleurs il ne fait que dormir dans ses bras). Elle l'abandonne pour un amant et pour l'aventure, qui la m&#232;neront en prison. Lorsqu'elle en sort, elle d&#233;cide d'aller voir Charlie au sein de sa famille d'accueil. Elle rencontre un enfant de dix ans binoclard et sans charme, qui ne ressemble en rien au b&#233;b&#233; pesant qu'elle imaginait retrouver. Ce genre de sc&#232;ne mat&#233;rialisant la perte est mise en balance (c'est ce qui donne au film sa beaut&#233;) avec la mise en sc&#232;ne du pur pr&#233;sent. Comme, par exemple, ce plan o&#249; les deux amants qui viennent de se rencontrer s'embrassent et se quittent sur une place o&#249; il vient de pleuvoir. Mais ils ne peuvent justement pas se quitter, et la cam&#233;ra, en plong&#233;e, capte la chor&#233;graphie de ces corps aimant&#233;s, tournant en rond sur cette place et ne parvenant pas &#224; prendre des routes diff&#233;rentes, &#224; poursuivre le feuilleton. Mais, fondu au noir, la vie doit continuer.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Dessin : Giovanna Giordani.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Mercredi 22 mai</title>
		<link>http://independencia.fr/revue/spip.php?article773</link>
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		<dc:date>2013-05-22T14:33:40Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Antoine Thirion</dc:creator>



		<description>Ce matin, un jeune critique aurait mieux fait de ne pas entendre son r&#233;veil. Tandis qu'un flot de porteurs de tickets, d'accr&#233;dit&#233;s du march&#233; ou de la presse, issus d'une autre file d'attente que celle qu'il avait emprunt&#233;e, passait devant lui, il tenta de se faire entendre par les membres de la s&#233;curit&#233;, terroris&#233; &#224; l'id&#233;e de rater la s&#233;ance de Nicolas Winding Refn. On ne se fatiguera pas &#224; expliquer l'histoire : il avait des raisons de protester. Mais tout le monde sait qu'ici on ne proteste pas. On &#233;coute (...)

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 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; src=&quot;http://independencia.fr/revue/local/cache-vignettes/L140xH102/arton773-ced78.jpg&quot; width='140' height='102' style='height:102px;width:140px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce matin, un jeune critique aurait mieux fait de ne pas entendre son r&#233;veil. Tandis qu'un flot de porteurs de tickets, d'accr&#233;dit&#233;s du march&#233; ou de la presse, issus d'une autre file d'attente que celle qu'il avait emprunt&#233;e, passait devant lui, il tenta de se faire entendre par les membres de la s&#233;curit&#233;, terroris&#233; &#224; l'id&#233;e de rater la s&#233;ance de &lt;strong&gt;Nicolas Winding Refn&lt;/strong&gt;. On ne se fatiguera pas &#224; expliquer l'histoire : il avait des raisons de protester. Mais tout le monde sait qu'ici on ne proteste pas. On &#233;coute les videurs des plages et le personnel du festival, on prend son mal en patience, on ouvre un livre, on prie Bouddha. Le jeune critique a pr&#233;f&#233;r&#233; poursuivre son argumentaire, tenter de changer de file, alpaguer le sup&#233;rieur hi&#233;rarchique qui, l&#233;gitimement exc&#233;d&#233; et un peu imbu de son pouvoir, hurla qu'il avait le droit de lui reprendre son accr&#233;ditation et de le &#171; neutraliser &#187;. Un mot intempestif suivit, puis ce fut la neutralisation, dans une cohue digne de &lt;i&gt;La Bataille de Solf&#233;rino&lt;/i&gt;. Si le jeune homme revient un jour au festival, on lui conseille d'emporter des nouvelles de Kafka, par exemple &lt;i&gt;Compte-rendu pour une Acad&#233;mie&lt;/i&gt;, o&#249; un singe raconte devant d'&#233;l&#233;gantes Hautes Autorit&#233;s comment il est devenu homme apr&#232;s quelques temps en cage, en ne d&#233;sirant pas la libert&#233; mais seulement une issue, trouv&#233;e en observant un homme qui le scrutait en se saoulant et qui lui apprit &#224; boire et &#224; fr&#233;quenter assidument les f&#234;tes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;4.2&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ryan Gosling n'aurait pas davantage d&#251; se frotter au policier tha&#239;landais d'&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Only God Forgives&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; car celui-ci a d&#233;j&#224; prouv&#233;, &#224; ce moment du film, sa ma&#238;trise de toutes les techniques de neutralisation, du sabre au revolver en passant par les baguettes. R&#233;sultat, le beau visage finit tum&#233;fi&#233;. Qu'est-ce qui l'a pouss&#233; &#224; tenter de s'opposer &#224; une loi de toute fa&#231;on inflexible ? Pas le meurtre de son fr&#232;re, qu'il ne peut d&#233;cemment d&#233;fendre puisqu'il a viol&#233; et tu&#233; une prostitu&#233;e mineure en annon&#231;ant vouloir aller &#224; la rencontre du diable, ignominie jug&#233;e sommairement par le policier en autorisant le p&#232;re de la jeune fille &#224; se faire lui-m&#234;me justice. Si ce n'est pas le fr&#232;re, c'est alors forc&#233;ment la m&#232;re, m&#233;g&#232;re blond californien (Kristin Scott Thomas), d&#233;barqu&#233;e en Tha&#239;lande pour r&#233;cup&#233;rer le corps de son fils, brimer le survivant et assouvir sa vengeance par procuration. Voil&#224; qui devrait situer le niveau de cet &#233;ni&#232;me r&#233;cit &#339;dipien mal cach&#233; sous le genre orientalisme et femme fatale, qui n'a pas d'autres id&#233;es que de tout passer au ralenti ou de demander &#224; ses personnages de prendre la pose, et que sauve, si on veut, le choix de poser comme seul tabou le meurtre d'une fillette.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;6.1&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Hier, le titre annon&#231;ait la couleur, c'est &lt;strong&gt;Claire Denis&lt;/strong&gt; qui se frottait &#224; la monstruosit&#233; avec &lt;strong&gt; &lt;i&gt;Les Salauds&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;. Ceux-ci ont viol&#233; une jeune fille &#224; l'&#233;pi de ma&#239;s, parce que leur sexe est forc&#233;ment petit. Lola Creton d&#233;ambule tout au long du film sur la m&#234;me route, la nuit, juch&#233;e sur de hauts talons, la peau fra&#238;che et nue, &#224; l'exception des filets de sang qui descendent de son entrejambe. La fa&#231;on qu'a souvent Denis d'avancer un r&#233;cit non lin&#233;aire en morceaux d&#233;connect&#233;s, dont une image cach&#233;e cl&#244;turera le sens aux derni&#232;res minutes, est aussi virtuose que vaine ; elle pr&#233;visualise peu &#224; peu l'horreur, tient dans une attente inconfortable et laisse penser que, si ce syst&#232;me offre aux acteurs les beaux r&#244;les qu'ils recherchent, &#224; la cam&#233;ra la vibration des sens, c'est au d&#233;triment du spectateur l&#233;g&#232;rement pris pour un idiot, s'effor&#231;ant de deviner de qui viendra l'horreur : des coups de boutoir que donne un homme au lit, du sourire carnassier d'un autre ? La col&#232;re qui traverse le film est certes puissante &#8211; mais c'est une col&#232;re ex nihilo, de d&#233;go&#251;t et de fascination, de haine et d'amour pour des hommes burin&#233;s comme Vincent Lindon ici capitaine au long cours en ann&#233;e sabbatique, revenu &#224; Paris pour r&#233;parer un mal atavique, au mieux comme Clint Eastwood dans &lt;i&gt;Impitoyable&lt;/i&gt;, au pire comme Joel Schumacher dans &lt;i&gt;8mm&lt;/i&gt;. &lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;*&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On voudrait bien conclure cette promenade de l'horreur par quelques mots sur &lt;i&gt; &lt;strong&gt;Wara No Tate&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; de &lt;strong&gt;Takashi Miike&lt;/strong&gt; mais la laideur qu'annon&#231;ait son premier quart d'heure est telle qu'on en est partis. Certains disent cependant que cette histoire de meurtre d'enfant dont la t&#234;te du coupable est mise &#224; haut prix par un milliardaire en fin de vie et qu'un petit escadron de policiers tente de sauver de la violence cupide de la population, si ce n'est de la sienne, ne dit pas des choses inint&#233;ressantes sur le Japon.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Over the Moon</title>
		<link>http://independencia.fr/revue/spip.php?article772</link>
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		<dc:date>2013-05-22T14:05:10Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Thomas Fioretti</dc:creator>



		<description>Contre toute attente, la virtuosit&#233; par &#224;-coups et les exercices de Steven Soderbergh connaissent avec Behind The Candelabra (en v&#233;effe : Ma vie avec Liberace) un r&#233;pit, et peut-&#234;tre un d&#233;nouement spectaculaire. Pas d'artifices sinon l'or clinquant de son strass ; c'est le plus centrifuge des derniers films de Soderbergh. 8.5 Matt Damon est Scott Thorson, jeune et timide Adonis qui rencontre Liberace, et devient rapidement le faire-valoir de la figure l&#233;gendaire du music hall nord-am&#233;ricain, (...)

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&lt;a href="http://independencia.fr/revue/spip.php?rubrique82" rel="directory"&gt;Cannes 2013&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; src=&quot;http://independencia.fr/revue/local/cache-vignettes/L140xH102/arton772-a3c9a.jpg&quot; width='140' height='102' style='height:102px;width:140px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Contre toute attente, la virtuosit&#233; par &#224;-coups et les exercices de Steven Soderbergh connaissent avec &lt;i&gt;Behind The Candelabra&lt;/i&gt; (en v&#233;effe : &lt;i&gt;Ma vie avec Liberace&lt;/i&gt;) un r&#233;pit, et peut-&#234;tre un d&#233;nouement spectaculaire. Pas d'artifices sinon l'or clinquant de son strass ; c'est le plus centrifuge des derniers films de Soderbergh.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;8.5&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Matt Damon est Scott Thorson, jeune et timide Adonis qui rencontre Liberace, et devient rapidement le faire-valoir de la figure l&#233;gendaire du music hall nord-am&#233;ricain, interpr&#233;t&#233;e par Michael Douglas. Scott passe tour &#224; tour d'amant &#224; fr&#232;re, puis secr&#233;taire, puis fils adoptif du fantasque pianiste. La m&#233;t&#233;o de leur relation est aussi &#233;ph&#233;m&#232;re et incertaine que les changements d'humeur de Liberace. Scott se conforme &#224; l'image que lui renvoie la star, se met en qu&#234;te de perfection physique &#224; l'aide de r&#233;gimes successifs, devient accro aux drogues. Un parcours o&#249; se raconte moins une trajectoire, selon laquelle la descente suit forcement l'ascension, qu'un &#233;puisement &#224; l'int&#233;rieur d'un tourbillon, toxique, de luxe et de spectacle permanent. Scott emboite l&#224; les pas &#224; Soderbergh lui-m&#234;me, dont la carri&#232;re dessine un parcours courbe voire baroque : d'embl&#233;e au sommet, palm&#233; d'or &#224; 26 ans avec &lt;i&gt;Sexe mensonges et vid&#233;os&lt;/i&gt;, il enchaine depuis les titres entre anonymat et coups d'&#233;clat commerciaux et artistiques, t&#233;moignant d'une sorte de d&#233;pendance aux tournages qui va de pair avec la r&#233;solution, de nombreuses fois annonc&#233;e, d'arr&#234;ter d&#233;finitivement le cin&#233;ma.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La performance de Matt Damon en Scott est moins spectaculaire que le cabotinage maquill&#233; et outr&#233; de Michael Douglas. Leur visages et leurs peaux changent au cours du film, et la conformisation de ces figures au cadre ne sont pas sans rappeler que Soderbergh s'est longtemps par&#233; de postiches, que ce soit dans la fabrication des films, o&#249; il n'a pas h&#233;sit&#233; &#224; se cacher derri&#232;re de faux titres de chef op&#233;rateur ou de chef monteuse, que dans la mati&#232;re m&#234;me de son oeuvre, toute en faux-semblants et exercices de virtuosit&#233;, &#224; tel point que ce style peu identifiable, rel&#226;ch&#233; et changeant, froid et d'apparence facile, est devenue sa v&#233;ritable marque de fabrique. De toute &#233;vidence, &lt;i&gt;behind the candelabra&lt;/i&gt; il y a en effet Soderbergh qui s'amuse a &#224; jouer avec sa propre image de g&#233;nie pr&#233;coce et d'imitateur aride. La question est alors moins de savoir ce qui se cache derri&#232;re le masque de Scott et de Liberace que d'observer en eux les des faces d'un m&#234;me visage.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Liberace sugg&#232;re &#224; son m&#233;decin (Rob Lowe, &#224; l'expression botox&#233;e et immobile) de faire une chirurgie &#224; Scott, pour qu'il puisse lui ressembler. Le visage de Matt Damon est celui du parfait monsieur tout-le-monde qu'on aurait imm&#233;diatement envie de d&#233;guiser pour en dissimuler la fadeur, et la forme qu'affectione Soderbergh celle qui se moule dans le syst&#232;me le plus machinal. La saturation mobili&#232;re de &lt;i&gt;Behind The Candelabra&lt;/i&gt; est proportionnellement inverse &#224; la puret&#233; de la mise en sc&#232;ne de Soderbergh, qui s'efface au profit du jeu de surface des acteurs, traversant un spectre d'&#233;motions et d'humeurs variant en permanence de mani&#232;re microscopique &#8211; le film suit les phases du couple, de la reconnaissance mutuelle de l'amour &#224; la trahison et au rejet. Mais il proc&#232;de d'une mani&#232;re tellement convenue et m&#233;canique qu'elle permet paradoxalement de fixer l'attention sur chaque geste, chaque &#233;l&#233;ment de leur relation avec une pr&#233;cision extraordinaire.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_1650 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='http://independencia.fr/revue/IMG/jpg/SODERBERF_TETE2.jpg' width='500' height='283' alt='JPEG - 99.7 ko' style='height:283px;width:500px;' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-1650 spip_doc_titre' style='width:350px;'&gt;&lt;strong&gt;LIBERACE2&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Cette fluidit&#233; et ce calme d&#233;jouent les attentes quant &#224; la performance des com&#233;diens. Rarement Matt Damon aura &#233;t&#233; acteur aussi ad&#233;quat &#224; un r&#233;alisateur aussi manipulateur. Jamais, depuis &lt;i&gt;L'Id&#233;aliste&lt;/i&gt; (1997) de Francis Coppola, ses muscles n'avaient &#233;t&#233; si doux &#224; modeler. Le vieillissement de Michael Douglas lib&#232;re les tics de l'acteur, transformant tour &#224; tour la statue de cire en chauve bedonnant en peignoir &#8211; mal r&#233;veill&#233;, je mets quelques minutes &#224; reconna&#238;tre les traits de la star, pr&#232;s d'1h de plus &#224; rep&#233;rer Dan Akroyd ou Scott Bakula, le h&#233;ros de la merveilleuse s&#233;rie &lt;i&gt;Code Quantum&lt;/i&gt;, autre grand exercice de transformisme des ann&#233;es 1990. Les acteurs aux figures inamovibles des anciens Soderbergh ont laiss&#233; place &#224; ce jeu de dupes ; le d&#233;tournement des figures de la star dans sa pure surface permet une construction sur une longue p&#233;riode allant de 1977, celle o&#249; les droits homosexuels commencent &#224; agiter la soci&#233;t&#233;, &#224; 1987, &#224; la mort de Liberace, p&#233;riode des ravages du Sida. Une mise &#224; l'&#233;preuve du temps avec laquelle Soderbergh a lutt&#233; en multipliant les sorties, d&#233;guisant en permanence sa vision d'artiste avec le genre de &lt;i&gt;Haywire&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Contagion&lt;/i&gt;, le divertissement neutre et efficace de &lt;i&gt;Ocean's Eleven&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Solaris&lt;/i&gt;, les tics de &lt;i&gt;Full Frontal&lt;/i&gt;...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La sortie de sc&#232;ne de Liberace imagin&#233;e par Scott, s'envolant dans un ciel &#233;toil&#233; sur une lune de carton p&#226;te sur l'air chantonn&#233; de La Qu&#234;te de Brel &#8211; &lt;i&gt;To reach the unreachable star, this is my quest&lt;/i&gt; &#8211; est au moins aussi forte pour ce qu'elle est (la mort de Liberace appartenant &#224; la biographie et &#224; l'histoire) que pour les possibilit&#233;s de lecture qu'elle engendre. Soderbergh avait dit cet &#233;t&#233; dans un entretien la n&#233;cessit&#233; de r&#233;inventer le langage du cin&#233;ma. Cette s&#233;quence pied de nez n'est pourtant pas le manifeste d'un nouveau cin&#233;ma, plut&#244;t un testament dont Soderbergh serait &#224; la fois le mandataire et le b&#233;neficiare, &#233;ni&#232;me fuite en avant de quelqu'un qui n'a jamais cess&#233; d'&#233;chapper &#224; son propre cin&#233;ma. &#201;mouvants, les adieux sont moins le retrait peut-&#234;tre d&#233;finitif du cin&#233;aste que l'aveu affich&#233; de modestie de ce d&#233;sarmant &lt;i&gt;Behind The Candelabra&lt;/i&gt;, croyance d'un homme au spectacle et &#224; ses coulisses, au voile dont sont faits les r&#234;ves comme &#224; ses fards les plus lourds pour dissimuler les peines, &#224; ses amours hollywoodiens &#233;ph&#233;m&#232;res comme &#224; ses promesses d'art les plus folles. Et Liberace, comme le Andy Kaufman jou&#233; par Jim Carrey dans le film de Milos Forman (&lt;i&gt;Man On The Moon&lt;/i&gt;, 1999), comme le Brian Slade de &lt;i&gt;Velvet Goldmine&lt;/i&gt; (Todd Haynes, 1999), met en sc&#232;ne sa disparition pour continuer de tirer les ficelles du spectacle vivant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Dessin : Giovanna Giordani.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Un Jimmy, deux Guillaumes, trois zombies</title>
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		<dc:date>2013-05-21T12:55:10Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Camille Brunel</dc:creator>



		<description>Seconde journ&#233;e scand&#233;e de d&#233;convenues qu'on aurait volontiers &#233;chang&#233;es contre le retour de la pluie. 3.3 Cap sur les 70's dans Blood Ties : rouflaquettes grosses comme des bagnoles sur les joues de Clive Owen et de Billy Crudup, respectivement Ca&#239;n et Abel, avec bande-son juke-box (pas mal). James Gray est le producteur et le cosc&#233;nariste. Guillaume Canet est l'autre cosc&#233;nariste et le r&#233;alisateur. Ce partenariat franco-am&#233;ricain a lieu sur le terrain d'un r&#233;cit de lutte entre fr&#232;res ennemis, ce (...)

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&lt;a href="http://independencia.fr/revue/spip.php?rubrique82" rel="directory"&gt;Cannes 2013&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; src=&quot;http://independencia.fr/revue/local/cache-vignettes/L140xH102/arton771-91352.jpg&quot; width='140' height='102' style='height:102px;width:140px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Seconde journ&#233;e scand&#233;e de d&#233;convenues qu'on aurait volontiers &#233;chang&#233;es contre le retour de la pluie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3.3&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cap sur les 70's dans &lt;i&gt; &lt;strong&gt;Blood Ties&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; : rouflaquettes grosses comme des bagnoles sur les joues de Clive Owen et de Billy Crudup, respectivement Ca&#239;n et Abel, avec bande-son juke-box (pas mal). James Gray est le producteur et le cosc&#233;nariste. &lt;strong&gt;Guillaume Canet&lt;/strong&gt; est l'autre cosc&#233;nariste et le r&#233;alisateur. Ce partenariat franco-am&#233;ricain a lieu sur le terrain d'un r&#233;cit de lutte entre fr&#232;res ennemis, ce qui n'est pas sans &#233;voquer &lt;i&gt;La nuit nous appartient&lt;/i&gt; (2008). Pour y injecter du nouveau sang, Canet rajoute une s&#339;ur ; qui ne sert qu'&#224; crier deux fois. La production s'offre une actrice d'&lt;i&gt;Avatar&lt;/i&gt; (Zoe Saldanha), une Fran&#231;aise, mais oscaris&#233;e (Marion Cotillard, toujours aussi g&#234;nante) et un dur &#224; cuire porte-bonheur (James Caan). Il faut bien reconna&#238;tre &#224; Canet un sens de l'action mais n'affleurant sporadiquement qu'au milieu de ses tics de &lt;i&gt;sitcom&lt;/i&gt;. La trag&#233;die &#224; la Gray recherch&#233;e ici devient alors trag&#233;die de l'imitation : en imaginant les personnages prisonniers de leurs clich&#233;s, on finit par se dire que la d&#233;ch&#233;ance du fr&#232;re ren&#233;gat n'en est que plus inexorable &#8211; d&#233;j&#224; &#233;crite des millions de fois, m&#234;me pas v&#233;cue ici de sa mani&#232;re la plus flamboyante.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.9&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Hu&#233; dans l'apr&#232;s-midi, &lt;strong&gt; &lt;i&gt;The last days on Mars&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; de &lt;strong&gt;Ruairi Robinson&lt;/strong&gt; est applaudi &#224; sa seconde projection, peut-&#234;tre parce qu'il est minuit pass&#233; et que l'incongruit&#233; de cette fam&#233;lique s&#233;rie Z pitch&#233;e comme un direct-to-dvd (des zombies cosmonautes) dans la s&#233;lection de la Quinzaine se voit moins. On se demande ce qui a pu s&#233;duire Edouard Waintrop, s'il a pari&#233; que le cin&#233;ma bis, &#224; un certain degr&#233; d'absurdit&#233;, pouvait se confondre avec le cin&#233;ma d'auteur. La poudre aux yeux d'une citation de Kubrick (un vaisseau bague en apesanteur) a d&#251; faire effet. C'&#233;tait pourtant la preuve par excellence que le cin&#233;ma bis est, dans l'&#233;crasante majorit&#233; des cas, un artisanat plus qu'un art, qu'il y est surtout question de reproduire (&#171; bis &#187;) le m&#234;me geste &#224; l'infini avec une minutie de copiste : un gangster en rouflaquettes tirant longuement sur sa cigarette chez Canet, un zombie &#233;crasant son visage au hublot d'une porte ferm&#233;e chez Robinson&#8230; On pouvait comprendre la n&#233;cessit&#233; de copier les oeuvres quand il s'agissait de tableaux, mais &#224; l'&#232;re de la diffusion num&#233;rique, &#224; quoi bon ? &#192; moins de consid&#233;rer l'id&#233;e qui consiste &#224; gu&#233;rir les zombies en leur administrant des antibiotiques comme une trouvaille, &#233;videmment.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;5.2&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La Quinzaine est excellente transformiste, passe d'un programme &lt;i&gt;grindhouse&lt;/i&gt; &#224; la salle Richelieu en un apr&#232;s-midi : on y assiste &#233;galement &#224; &lt;i&gt; &lt;strong&gt;Les gar&#231;ons et Guillaume, &#224; table !&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;, sign&#233; &#171; &lt;strong&gt;Guillaume Gallienne de la Com&#233;die Fran&#231;aise&lt;/strong&gt; &#187;. Pour se faire une id&#233;e du film, il faut d'abord raconter la salve d'applaudissements qui accompagne l'int&#233;gralit&#233; du g&#233;n&#233;rique de fin, le public debout, cercle tourn&#233; vers le centre, Guillaume Gallienne et pr&#232;s de lui, Aur&#233;lie Filipetti de la R&#233;publique Fran&#231;aise. Le m&#233;lange du respect port&#233; spontan&#233;ment &#224; un com&#233;dien estampill&#233; Com&#233;die Fran&#231;aise et du plaisir qu'il y a &#224; avoir vu cet artiste se comporter en clown accessible pendant deux heures rend le public fou d'amour.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le film reconstitue, au sens policier du terme, l'&#233;panouissement sexuel de Guillaume G. Guillaume au pensionnat, &#224; l'arm&#233;e, en bo&#238;te gay (apparition de Reda Kateb en dragueur ind&#233;licat, pas mal ; plus tard de Diane Krueger en proctologue fille de nazi &#8211; encore moins d&#233;licate). Ce qui retient l'attention, c'est le portrait de la m&#232;re, Melitta Gallienne, interpr&#233;t&#233;e par Guillaume Gallienne de la Com&#233;die Fran&#231;aise. Il y a quelques ann&#233;es, Joann Sfar avait bien propos&#233; &#224; Charlotte Gainsbourg de jouer son p&#232;re et celle-ci avait d&#251; refuser ; l'id&#233;e &#233;tait suffisamment belle pour m&#233;riter d'&#234;tre concr&#233;tis&#233;e un jour.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On renifle le plaisir du com&#233;dien des planches tenant &#224; jouir de toutes les possibilit&#233;s offertes par l'image enregistr&#233;e. Effets sp&#233;ciaux (Gallienne maman et Gallienne fiston dans le m&#234;me plan), super-raccords entre les &#233;poques (sur le mouvement, l'expression&#8230;), montages parall&#232;les, apparitions et disparitions&#8230; Pour le reste, comme chez Canet, comme chez les zombies, le film semble n'exister que pour son &lt;i&gt;twist&lt;/i&gt; final, o&#249; il puise la justification de tout ce qui le pr&#233;c&#232;de, sorte d'excuse &#224; sa trivialit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Malgr&#233; cela, le film n'en est pas moins touchant par moments, comme peut l'&#234;tre par m&#233;garde une chanson de V&#233;ronique Sanson. D'un sentimentalisme tellement &#233;pais qu'il en retrouve du charme, une sorte de po&#233;sie du lourdingue. Venant d'un Com&#233;dien-Fran&#231;ais en repr&#233;sentation devant Madame la Ministre, c'est le moins qu'on pouvait attendre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Benoit Forgeard</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Louis S&#233;guin</dc:creator>



		<description>Franc-tireur tranquille, faux tire-au-flanc, le cin&#233;aste (et com&#233;dien) Benoit Forgeard est une des figures marginales les plus int&#233;ressantes du cin&#233;ma fran&#231;ais contemporain. &#192; Cannes, il tient l'affiche d'Agit Pop, court-m&#233;trage de Nicolas Pariser pr&#233;sent&#233; &#224; la Semaine de la critique, dans lequel il interpr&#232;te le r&#233;dacteur en chef blas&#233; d'un magazine culturel en faillite. Portrait entretien. Le bon artiste dandy montre son c&#339;ur sous forme cod&#233;e D&#233;but avril, &#224; Brive, il &#233;tait pr&#233;sident du jury. Deux mois (...)

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&lt;a href="http://independencia.fr/revue/spip.php?rubrique82" rel="directory"&gt;Cannes 2013&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; src=&quot;http://independencia.fr/revue/local/cache-vignettes/L140xH102/arton770-05c9c.jpg&quot; width='140' height='102' style='height:102px;width:140px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Franc-tireur tranquille, faux tire-au-flanc, le cin&#233;aste (et com&#233;dien) Benoit Forgeard est une des figures marginales les plus int&#233;ressantes du cin&#233;ma fran&#231;ais contemporain. &#192; Cannes, il tient l'affiche d'&lt;i&gt;Agit Pop&lt;/i&gt;, court-m&#233;trage de Nicolas Pariser pr&#233;sent&#233; &#224; la Semaine de la critique, dans lequel il interpr&#232;te le r&#233;dacteur en chef blas&#233; d'un magazine culturel en faillite. Portrait entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Le bon artiste dandy montre son c&#339;ur sous forme cod&#233;e&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;D&#233;but avril, &#224; Brive, il &#233;tait pr&#233;sident du jury. Deux mois plus t&#244;t, &#224; Clermont-Ferrand, il faisait partie du jury de la section Labo. Deux occurrences o&#249; le public a eu l'occasion de voir Benoit Forgeard en &lt;i&gt;stand up&lt;/i&gt;, lors des diverses c&#233;r&#233;monies. &#192; Brive surtout, il a port&#233; haut sa fonction de pr&#233;sident, dont il s'est jou&#233; &#224; merveille tout en l'honorant tout &#224; fait. Il se joue d'ailleurs de toutes les fonctions, celle de r&#233;alisateur comme celle d'acteur. Pas qu'il prenne les choses &#224; la l&#233;g&#232;re, au contraire. Il les prend au s&#233;rieux, sans esprit de s&#233;rieux, et surtout efface consciencieusement les traces d'effort et de travail. Ces apparitions jamais laborieuses, il les pr&#233;pare pendant des heures. Lorsqu'il s'appr&#234;te &#224; jouer une sc&#232;ne d'&lt;i&gt;Agit Pop&lt;/i&gt;, il est dans son coin, se concentre sans rien dire. &#199;a tourne, action : il met en pratique une id&#233;e de jeu qu'il vient de m&#251;rir, toujours bonne et l'air de rien. Benoit Forgeard, on l'a beaucoup dit mais ce n'est pas faux, est un dandy, &#233;pigone de deux tendances convergentes : la &lt;i&gt;sprezzatura&lt;/i&gt; du gentilhomme renaissant et l'esprit fran&#231;ais de l'&#233;l&#233;gant homme d'art. Du gentilhomme renaissant, il adopte la distance vis &#224; vis de ses propres &#233;motions, une distance qui est moins pudeur que politesse (ou courtoisie). Il affiche en permanence un sourire bienveillant, son regard semble n'&#233;valuer personne et consid&#233;rer que n'importe qui a le droit au m&#234;me traitement affable. &lt;i&gt;Sprezzatura&lt;/i&gt; qui est aussi une nonchalance incarn&#233;e, une mise &#224; distance du monde. De l'esprit fran&#231;ais (disons que &#231;a existe), il a bien s&#251;r le sens de l'humour, autre fa&#231;on d'&#234;tre poli. Et une aversion pour l'ennui, ce qui explique en partie son int&#233;r&#234;t pour les formes courtes. On trouve aussi chez Benoit Forgeard un amour de la langue, une expression parfaite (&#233;crite et orale) et un style, une &#226;me faite tournure de phrase et syntaxe. Car l'&#233;l&#233;gant post parnassien est attach&#233; &#224; la forme : sans &#234;tre pur formaliste, il voit en celle-ci le point d'achoppement du monde, la surface o&#249; l'art accroche le monde (il s'exprime sur ces questions ci-dessous). Quand il est amen&#233; &#224; citer des figures tut&#233;laires, les noms de Guitry et Cocteau reviennent souvent. Comme eux, Benoit Forgeard se met en sc&#232;ne, &#224; l'&#233;cran et &#224; la ville. Coiffure (et teint) saut du lit, moustache entre Proust et Brassens, pull jacquard sans manche, son allure est toujours la m&#234;me, celle d'un &#233;l&#233;gant d&#233;barqu&#233; de nulle part mais jamais pris au d&#233;pourvu. &lt;br /&gt;Bien entendu, le cin&#233;ma de Benoit Forgeard porte la marque de son allure. R&#233;ussir sa vie, sorti l'an dernier, est la r&#233;union de trois de ses courts m&#233;trages. Chacun est le d&#233;veloppement d'un pitch improbable, m&#234;lant un travail plastique de vid&#233;aste (il a fait le Fresnoy) &#224; une mise en sc&#232;ne de son humour. Lequel humour semble se rapprocher d'un esprit comique t&#233;l&#233;visuel, dans un sens pas du tout p&#233;joratif. L'humour t&#233;l&#233;visuel s'entend ici dans ce qu'il a de meilleur, des sketches des Nuls &#224; Tim &amp; Eric, lorsqu'il produit des formes nouvelles, un rythme qui se joue autant au cadre qu'au montage, une prosodie particuli&#232;re. Bref, lorsque la t&#233;l&#233;vision produit une mise en sc&#232;ne. C'est pourquoi on ne s'est pas &#233;tonn&#233; pas de retrouver Benoit Forgeard &#224; l'origine d'une &#233;mission de r&#233;veillon sur Paris Premi&#232;re cette ann&#233;e, L'Ann&#233;e bisexuelle, qu'il a coanim&#233;e avec Bertrand Burgalat. L&#224;-dessus, parole &#224; l'int&#233;ress&#233; (les petits points sont de lui).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;L'Ann&#233;e bisexuelle est vraiment une &#233;mission de t&#233;l&#233;vision, mais vraiment du Benoit Forgeard. J'en d&#233;duis que tu n'as pas de r&#233;ticence particuli&#232;re vis-&#224;-vis de ce m&#233;dia. Est-ce vrai ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En effet, c'est par la t&#233;l&#233;vision que j'ai d&#233;couvert le monde. P&#234;le-m&#234;le. Entre 8 et 16 ans, gr&#226;ce &#224; des parents merveilleux de tol&#233;rance, je pouvais regarder la t&#233;l&#233; jusque tard le soir, et m&#234;me la nuit. Je regardais tout, sans hi&#233;rarchie. Du cin&#233;ma &#224; l'&#233;mission scientifique, aux publicit&#233;s, aux infos, au sport, aux vari&#233;t&#233;s... Je n'ai donc pas de r&#233;ticence, bien au contraire : mes premiers &#233;merveillements, je les dois &#224; ce m&#233;dia. Aujourd'hui, o&#249; la t&#233;l&#233; est sur le d&#233;clin, je ne me pose pas de questions. Si j'ai l'occasion de r&#233;aliser quelque chose de bon et beau, peu m'importe le m&#233;dia. Pour le moment, les rares fois o&#249; j'ai eu &#224; travailler pour la t&#233;l&#233;vision, j'ai joui d'une libert&#233; qui n'a rien &#224; envier &#224; celle dont je dispose au cin&#233;ma. Il est vrai, cependant, que j'officie dans la marge.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;J'ai entendu d'aucuns dire que certains de tes films rappelaient par moments l'humour des&lt;/i&gt; Nuls &#8211; je pense &#224; la parodie d'&#233;mission culturelle, par exemple.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est sans doute les programmes des &lt;i&gt;Nuls&lt;/i&gt; les moins connus qui m'ont le plus marqu&#233; car, habitant en province, je n'ai eu Canal + en clair qu'&#224; partir de 1989. &lt;i&gt;L'ABCD Nuls&lt;/i&gt;. Puis &lt;i&gt;Histoire(s) de la t&#233;l&#233;vision&lt;/i&gt;. Mes grandes influences t&#233;l&#233;visuelles, c'est surtout des programmes dont j'ignore le nom, aper&#231;us dans des nuits du mois d'ao&#251;t, puis, plus tard, &lt;i&gt;&#192; la rencontre des divers aspects du monde contemporain ayant pour point commun leur illustration sur support audiovisuel&lt;/i&gt; de Baer et Wizman, des merveilles, que je garde pr&#233;cieusement en VHS, quand bien m&#234;me je n'ai plus de magn&#233;toscope pour les lire. Aujourd'hui, je regarde encore souvent la t&#233;l&#233;. Tout est pr&#233;texte &#224; inspiration. Il n'y a rien de cynique dans cette approche. Simplement, de mani&#232;re objective, le flux audiovisuel, dans son d&#233;sordre, est un grand pourvoyeur de formes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;J'en ai entendu d'autres (et parfois les m&#234;mes) dire qu'on pouvait t'identifier comme faisant partie d'un milieu culturel branch&#233;. Pour ma part, je dirais plut&#244;t que tu t'inscris dans une tradition fran&#231;aise de dandysme. Tu cites Guitry, Bunuel et Cocteau comme influences majeures de ton cin&#233;ma. Et j'ai l'impression que la pudeur et le tact, pour un dandy, font que les sentiments doivent s'effacer derri&#232;re l'esprit (et ses traits). Est-ce que le dandysme t'inspire une quelconque r&#233;flexion ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne me consid&#232;re pas sp&#233;cialement branch&#233;. Pour preuve, je n'ai pas de Mac mais des PC depuis toujours. Cela dit, c'est peut-&#234;tre le comble du dandysme. Je me sens proche des gens qui mettent leurs sentiments personnels de c&#244;t&#233;. Cela dit, je n'en fais pas une r&#232;gle. Le danger du dandysme, bien s&#251;r, c'est le formalisme, l'imagerie, la pose. Il faut pouvoir rester sensible et se montrer g&#233;n&#233;reux. Le bon artiste dandy montre son c&#339;ur sous forme cod&#233;e. Obtenir ce code ne doit &#234;tre question ni de richesse ni de culture, mais d'ouverture d'esprit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Tu sembles pr&#233;f&#233;rer le court m&#233;trage au long.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ai beaucoup plus de mal avec cent pages qu'avec vingt. Sans doute parce que quand je filme, pour l'instant, &#231;a ne m'int&#233;resse pas d'aller au bout, d'&#233;lucider mais que ce soit amusant. Peut-&#234;tre que garder quelque chose d'homog&#232;ne pendant 1h30 ne va pas de soi pour moi. Au bout de vingt ou trente minutes, souvent les choses m'ennuient. M&#234;me en temps que spectateur. Il faut que je trouve l'envie de voir quelque chose pendant 1h30 pour envisager de tourner un long m&#233;trage.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tu tournes en num&#233;rique ; j'imagine qu'il y a une part de raison &#233;conomique. Mais l'impression est que m&#234;me si tu en avais les moyens, tu resterais fid&#232;le au num&#233;rique, qui te permet des partis pris esth&#233;tiques. Est-ce vrai ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est d'abord une question d'&#233;poque et de culture. Encore une fois, mon approche du cin&#233;ma, je l'ai eu par la t&#233;l&#233;vision. Je n'ai jamais eu de fascination pour l'image cin&#233;ma, pour le grain argentique et le format cin&#233;mascope. Bizarrement, c'est aujourd'hui que &#231;a me vient. Je tourne en HD, mais ensuite j'alt&#232;re l'image et je lui donne du grain, pour la rendre plus sensuelle. Mais je dois me m&#233;fier de &#231;a. Nous sommes &#224; un tournant. La course &#224; la d&#233;finition propuls&#233;e par l'industrie, laisse tout le monde perplexe et frustr&#233; car la fascination qu'on &#233;prouve pour un film n'est pas question de nettet&#233;. Bien au contraire. Quel acheteur d'un &#233;cran HD n'en a pas fait l'exp&#233;rience ? &lt;br /&gt;Pour autant, les jeunes d'aujourd'hui, les n&#233;o-vivants, grandissent avec ce genre d'images. Le cin&#233;ma classique, tourn&#233; en film, leur para&#238;tra bient&#244;t aussi antique que la cadence 16 images/secondes des premiers films de Chaplin. &lt;br /&gt;Je travaille en ce moment &#224; imaginer, avec mes amis techniciens, une image qui ne soit pas pass&#233;iste, mais moderne, num&#233;rique, et pourtant belle et envo&#251;tante. Sans trop de grain, nette et myst&#233;rieuse pourtant. Je ne sais pas si nous allons y parvenir, mais c'est un d&#233;fi.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Par ailleurs, j'ai l'impression que ce qui fait la force de tes images, c'est qu'elles sont &#224; la fois tr&#232;s r&#233;f&#233;renc&#233;es, voire sch&#233;matiques et parodiques (le regard cam&#233;ra de l'&#233;picier anglais dans&lt;/i&gt; Fuck UK&lt;i&gt;, le campus d'&lt;/i&gt;Antivirus&lt;i&gt;, les gros plans en g&#233;n&#233;ral), et &#224; la fois authentiques et, disons, g&#233;n&#233;reuses (la nuit am&#233;ricaine de&lt;/i&gt; Belle &#238;le&lt;i&gt;, qui surgit dans le plan de jour, les petites herbes dans la baignoire de&lt;/i&gt; La Course nue&lt;i&gt;).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si l'on part avec l'id&#233;e que toutes les images ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; faites, on risque rapidement de manquer d'envie. Donc, j'esp&#232;re, na&#239;vement peut-&#234;tre, qu'on peut encore faire des choses. Pour autant, je ne me pose pas tellement la question en ces termes. Je vois pas mal de films &#8211; des tr&#232;s anciens notamment, j'adore les primitifs, en peinture comme au cin&#233;ma &#8211; mais je n'ai pas non plus une grande culture cin&#233;matographique. C'est sans doute une chance. Je r&#233;invente la roue sans le savoir. &lt;i&gt;
Dirais-tu qu'il y a un esprit Ecce films [la maison de production qui produit BF mais aussi Justine Triet, Sophie Letourneur, Antonin Peretjatko] ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sans &#234;tre un groupe ou un mouvement, on a une parent&#233; dans la fa&#231;on de faire nos films. Leurs co&#251;ts sont modiques. Emmanuel Chaumet [fondateur et partron d'Ecce films] imprime aussi une certaine marque. Il est producteur &#224; plein temps, tr&#232;s volontariste, il s'agit de faire le film quoiqu'il arrive.
&lt;i&gt;
On dirait que tout le monde parle la m&#234;me langue dans tes films, &#224; savoir un m&#233;lange de c&#233;r&#233;monie et d'autoparodie.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A la base, diriger les acteurs, de mon point de vue, c'est leur faire dire la musique que j'ai en t&#234;te. J'essaye tout de m&#234;me de m'ouvrir, d'&#233;couter ce qu'on me propose. Avec l'exp&#233;rience, je suis moins &#224; cheval sur la musique. J'accepte qu'un acteur m'apporte son interpr&#233;tation. Bref, j'accepte de faire du cin&#233;ma, qui est un art qui se fait en collaboration. Je m'affaiblis peut-&#234;tre car, au fond, je crois que le texte, pour &#234;tre bien dit, doit &#234;tre jou&#233; dans la musique de son auteur. C'est pr&#233;tentieux mais faire du cin&#233;ma c'est &#234;tre pr&#233;tentieux, n'est-ce pas ? J'aime l'id&#233;e qu'un com&#233;dien soit comme le musicien d'un orchestre symphonique. Il apporte sa personnalit&#233;, sa fa&#231;on de jouer, mais il ne lui viendrait pas en t&#234;te d'improviser ou de jouer une autre m&#233;lodie. C'est d&#233;j&#224; suffisamment difficile de jouer correctement une partition.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Tu joues dans beaucoup de films, ces derniers temps.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Jouer la com&#233;die, ce n'est pas tout &#224; fait mon m&#233;tier mais, &#224; vrai dire, r&#233;aliser des films non plus. Tout &#231;a m'est venu par le plaisir de faire des films, de m'amuser &#224; en faire. Parvenir &#224; r&#233;aliser des choses qui soient dr&#244;les, intelligentes et jolies est tout ce qui m'importe. Je ne suis pas un dandy s&#233;rieux. Je ne porte pas de boutons de manchette. Je ferai sourire Lord Byron. &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Dessin : Giovanna Giordani.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Lille/Singapour avec Escale</title>
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		<dc:date>2013-05-20T09:30:15Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Camille Brunel, Thomas Fioretti</dc:creator>



		<description>#0 6.2 C'est, para&#238;t-il, &#224; l'insistance de Pierre Rissient &#8211; mac-mahonien de la premi&#232;re heure et introducteur de Scorsese, de Coppola, de Tarantino &#224; Cannes &#8211; que l'on doit la projection de Tip Top de Serge Bozon. Le film m&#233;rite d'&#234;tre vu. Son comique n'est pas sans d&#233;fauts mais poss&#232;de un style qui lui est propre, ou du moins, si Bozon reprend volontiers le rythme d'un Jacques Tati ou d'un Wes Anderson, il compose dessus sa propre variation. Celle-ci consiste &#224; rapprocher la com&#233;die du cin&#233;ma de (...)

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&lt;a href="http://independencia.fr/revue/spip.php?rubrique82" rel="directory"&gt;Cannes 2013&lt;/a&gt;


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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;#0&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;6.2&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est, para&#238;t-il, &#224; l'insistance de Pierre Rissient &#8211; mac-mahonien de la premi&#232;re heure et introducteur de Scorsese, de Coppola, de Tarantino &#224; Cannes &#8211; que l'on doit la projection de &lt;strong&gt; &lt;i&gt;Tip Top&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; de &lt;strong&gt;Serge Bozon&lt;/strong&gt;. Le film m&#233;rite d'&#234;tre vu. Son comique n'est pas sans d&#233;fauts mais poss&#232;de un style qui lui est propre, ou du moins, si Bozon reprend volontiers le rythme d'un Jacques Tati ou d'un Wes Anderson, il compose dessus sa propre variation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Celle-ci consiste &#224; rapprocher la com&#233;die du cin&#233;ma de genre. &lt;i&gt;Tip top&lt;/i&gt; est un film de robots. On repense &#224; &lt;i&gt;Je sens le beat qui monte en moi&lt;/i&gt;, de Yann Le Quellec, o&#249; Bozon acteur rencontrait une femme irr&#233;sistiblement activ&#233;e par la musique. Cette fois, les personnages de cette enqu&#234;te en terres lilloises sont autant d'automates, comiques parce que rigides, psychologiquement et physiquement. Tip top, tic tac, la m&#233;canique &#224; l'&#339;uvre est celle du rire et Bozon conna&#238;t bien son m&#233;tier d'horloger. La polici&#232;re incarn&#233;e par Isabelle Huppert n'aime rien tant que le protocole, se baigne dans le comique de r&#233;p&#233;tition avec un aplomb d'adorable machine, r&#233;v&#232;le une aptitude au gimmick insoup&#231;onn&#233;e &#8211; et un incroyable sens du timing.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; ses c&#244;t&#233;s, Sandrine Kiberlain est cette d&#233;butante d&#233;gingand&#233;e vou&#233;e &#224; apprendre la rigidit&#233;. Quant &#224; Fran&#231;ois Damiens, &#233;ternel chien fou, il finit lui aussi par rejouer le vieux num&#233;ro du chauffeur de voiture qui conduit tout droit malgr&#233; ses coups de volants incessants. M&#233;canique et certain de faire rire, au point de nous en passer l'envie. Reste un talent &#233;vident pour la mise en sc&#232;ne de ces automates, et le tableau d'une soci&#233;t&#233; gentiment vide. Aucune profondeur, pas plus chez les personnages qu'&#224; l'image, o&#249; les diff&#233;rents plans sont syst&#233;matiquement &#233;cras&#233;s. &#192; l'&#233;chelle du film &#233;galement, &#224; plat g&#233;n&#233;ralis&#233; : s'il y a bien une enqu&#234;te qui progresse quelque part, le film reprend &#224; z&#233;ro au d&#233;but de chaque s&#233;quence comique, et fonctionne comme ces BD qui racontent une histoire avec la contrainte de terminer sur un gag au bas de chaque planche.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lors de l'&#233;change qui suit la projection, on apprend que le contexte social &#8211; une communaut&#233; alg&#233;rienne lilloise &#8211; n'est pas seulement convoqu&#233; &#224; titre de couleur locale, mais int&#233;resse r&#233;ellement le r&#233;alisateur. Le film est si l&#233;ger qu'on ne l'aurait pas soup&#231;onn&#233;. En bon dandy, Bozon avance par aphorismes, par petites r&#233;pliques victimes parfois de leur trop-plein d'efficacit&#233; revendiqu&#233;e, de la m&#234;me mani&#232;re que la m&#233;canique de l'humour finit par tourner en rond.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;7.1&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans ses meilleurs moments, le documentaire de &lt;strong&gt;Kaveh Bakhtiari&lt;/strong&gt; ressemble &#224; une fiction, de celles qui justement se d&#233;guisent en documentaire pour accentuer l'effet de r&#233;el. Des Iraniens, cousins et amis du r&#233;alisateur, tentent de gagner l'Europe du Nord via la M&#233;diterran&#233;e et se retrouvent coinc&#233;s en Gr&#232;ce apr&#232;s avoir &#233;t&#233; truand&#233;s par des passeurs : le sujet de &lt;i&gt; &lt;strong&gt;L'Escale&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; est trait&#233; par moments avec une telle intelligence de moyens qu'on les croirait sc&#233;naris&#233;s. Qui plus est, la distance entre le cam&#233;raman et les personnes film&#233;es sonne juste, Bakhtiari ne perdant jamais de vue que son regard est celui d'un citoyen privil&#233;gi&#233; sur des hommes infiniment plus mis&#233;rables que lui.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Afin de passer la fronti&#232;re, les Iraniens doivent obtenir le passeport de quelqu'un qui leur ressemble et ensuite se grimer encore un peu pour perfectionner leur ressemblance. Histoire d'infiltration et de corps, &lt;i&gt;L'escale&lt;/i&gt; frise le film d'espionnage : le groupe d'amis se d&#233;lite peu &#224; peu au fur et &#224; mesure des passages r&#233;ussis, en laissant un seul sur le carreau, cousin du r&#233;alisateur : un accident de jeunesse l'a laiss&#233; d&#233;figur&#233; et jamais aucun maquillage ne lui permettra de ressembler au visage d'un autre. Plus &#233;trange encore, cette cicatrice d'enfance lui cloue sur la joue gauche un sourire permanent, correspondant &#224; la fois &#224; sa joie de vivre ind&#233;fectible et &#224; sa volont&#233; de masquer l'amertume.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce visage, Bakhtiari le filme comme les autres et le drame de son visage unique est &#224; peine sugg&#233;r&#233;, de m&#234;me que les corps qui traversent le cadre n'en sont jamais le centre mais retiennent plus que toute autre chose l'attention du spectateur. Du visage balafr&#233; de l'un aux l&#232;vres litt&#233;ralement cousues d'un autre, lanc&#233; dans une gr&#232;ve de la faim ; d'un &#339;il noir en gros plan sur lequel on applique maladroitement une lentille bleue aux ventres &#233;normes et velus d'une sc&#232;ne de cuisine o&#249;, torse nus, les protagonistes pr&#233;parent quelque bouillie pour leur camarade auto-mutil&#233; : ces formes de l'incarnation d'individus qui officiellement n'existent pas offrent au public la possibilit&#233; de sentir, m&#234;me un peu, m&#234;me de loin, ce que peuvent &#234;tre leur douleur et leur vie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lors des applaudissements, le r&#233;alisateur se l&#232;ve, aux c&#244;t&#233;s de deux de ses sujets &#8211; pour ne pas dire &#171; acteurs &#187;. De l'appartement insalubre &#224; l'&#233;cran au smoking cannois de la salle, le raccourci est saisissant. Les deux rescap&#233;s que l'on a alors sous les yeux ne font qu'insister sur l'absence tragique au festival du cousin d&#233;figur&#233;, retourn&#233; en Iran et assassin&#233; l&#224;-bas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;CB&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;#1&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5.3&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Ilo Ilo&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; d'Antony Chen n'est pas vraiment un tr&#232;s bon film. Il s'agit d'une com&#233;die sur la crise et sur une famille qui s'y engouffre. La femme, qui tient les rennes du foyer, est employ&#233;e d'une bo&#238;te o&#249; les salari&#233;s d&#233;filent dans le bureau du patron pour toucher leur solde de tout compte. Le mari, l&#226;che au point de cacher la perte de son emploi, brille par son apathie. La nounou philippine attend toujours son visa.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le style oscille entre la chronique naturaliste et le film-concept refusant d'entrer dans la psychologie pour conserver un myst&#232;re &#224; venir. L'int&#233;grit&#233; des personnages semble menac&#233;e en permanence. Premi&#232;re sc&#232;ne : un gosse insupportable fait chanter l'adjoint du proviseur dans son bureau. Il hurle en faisant croire que celui-ci le tape. Ce d&#233;but est annonciateur de l'humiliation sociale &#224; venir. Les personnages d'Ilo Ilo sont &#224; la fois victimes et bourreaux. Prisonniers du principe de l'offre et de la demande, ils subissent le d&#233;r&#232;glement capitaliste en &#233;tablissant d'abord la domination (l'immigr&#233;e garde l'enfant qui la fait tourner en bourrique), puis en op&#233;rant un renversement des codes et des r&#244;les comme une vengeance (La m&#232;re est menac&#233;e de perdre son emploi ; l'immigr&#233;e trouve un travail suppl&#233;mentaire et prend la place symbolique de la m&#232;re en mettant ses habits et son rouge &#224; l&#232;vres).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La projection, qui a lieu dans la salle historique &#224; l'int&#233;rieur de l'h&#244;tel Mariott, est interrompue plusieurs fois. Une impression &#233;trange saisit alors : on cherche en permanence l'air et on a envie de fuir vers l'avant pour conna&#238;tre malgr&#233; tout la suite. Sec et confus, le montage annonce une temp&#234;te qui ne vient pas, un lendemain o&#249; personne ne sait s'il va continuer &#224; travailler, s'il faut plut&#244;t &#233;couter un gourou ou bien jouer au loto, &#233;lever de vraies poules pour les d&#233;vorer ou s'occuper du poussin virtuel d'un tamagotchi &#8211; comme ce dernier, le film semble avoir 15 ans de retard.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;TF&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Cannes 2011</title>
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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_263 spip_documents'&gt;
&lt;img src='http://independencia.fr/revue/IMG/jpg/cannes-palmedor.jpg' width='500' height='163' alt=&quot;&quot; style='height:163px;width:500px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Cannes 2013</title>
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		<title>Dimanche 19 mai</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Antoine Thirion</dc:creator>



		<description>Arriv&#233;s &#224; Cannes avec quelques jours de retard sur l'ouverture, on a manqu&#233; quelques films attendus &#8211; ceux de Jia Zhang-ke, Ari Folman, Sofia Coppola, Amat Escalante, Asghar Farhadi : pas de grande perte, selon l'avis g&#233;n&#233;ral. Plus aga&#231;ant, le train arrivait en gare lorsque commen&#231;ait la projection du dernier film d'Alain Guiraudie, L'Inconnu du Lac, autour de quoi la rumeur enflait consid&#233;rablement. 6.4 Le temps de r&#233;cup&#233;rer son accr&#233;ditation, on s'est donc calmement dirig&#233; vers Tel p&#232;re, tel fils, (...)

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&lt;a href="http://independencia.fr/revue/spip.php?rubrique82" rel="directory"&gt;Cannes 2013&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; src=&quot;http://independencia.fr/revue/local/cache-vignettes/L140xH102/arton768-df396.jpg&quot; width='140' height='102' style='height:102px;width:140px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Arriv&#233;s &#224; Cannes avec quelques jours de retard sur l'ouverture, on a manqu&#233; quelques films attendus &#8211; ceux de Jia Zhang-ke, Ari Folman, Sofia Coppola, Amat Escalante, Asghar Farhadi : pas de grande perte, selon l'avis g&#233;n&#233;ral. Plus aga&#231;ant, le train arrivait en gare lorsque commen&#231;ait la projection du dernier film d'Alain Guiraudie, &lt;i&gt;L'Inconnu du Lac&lt;/i&gt;, autour de quoi la rumeur enflait consid&#233;rablement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;6.4&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le temps de r&#233;cup&#233;rer son accr&#233;ditation, on s'est donc calmement dirig&#233; vers &lt;strong&gt; &lt;i&gt;Tel p&#232;re, tel fils&lt;/i&gt;, &lt;/strong&gt; dont, sans m&#233;sestimer le talent et la d&#233;licatesse de &lt;strong&gt;Kore-Eda&lt;/strong&gt;, on n'esp&#233;rait pas grand-chose. &#192; force de voir le Japonais oeuvrer modestement dans le domaine du m&#233;lodrame familial, &#224; force de chercher &#224; go&#251;ter son &#233;conomie avec toute la concentration requise, &#224; force de rire de bon c&#339;ur devant la mignonne r&#233;partie des enfants qui y jouent, vous finissez par vous demander si, malgr&#233; tout, Kore-Eda saura approcher la force des ma&#238;tres dont il perp&#233;tue la tradition.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce pourrait &#234;tre un remake japonais de &lt;i&gt;La vie est un long fleuve tranquille&lt;/i&gt;. Un couple bourgeois, log&#233; dans l'une des luxueuses tours r&#233;sidentielles du centre de Tokyo, apprend que leur fils de six ans n'est pas leur enfant biologique mais celui d'un autre avec lequel la sage-femme l'a &#233;chang&#233; &#224; sa naissance. Dans l'attente de d&#233;cider si un &#233;change r&#233;parateur aura lieu, hypoth&#232;se aberrante consid&#233;r&#233;e avec le plus grand s&#233;rieux, les deux familles passent du temps ensemble. Bien s&#251;r, elles sont en tous points oppos&#233;es : l'une est riche et froide et l'autre populaire et chaleureuse, l'une est machiav&#233;lique et l'autre sinc&#232;re, etc. Peu &#224; peu, le p&#232;re Nonomiya apprend l'humilit&#233; au contact de la famille de petits commer&#231;ants qui a h&#233;rit&#233; de son fils biologique, cesse de vouloir l'&#233;lever comme un cheval de course ; le salaud ordinaire entre en r&#233;mission.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tout converge vers la s&#233;quence o&#249; le p&#232;re tente de reconqu&#233;rir l'amour perdu du fils, double travelling qui voit leurs rapports se reformuler en deux positions &#233;galitaires &#8211; s&#233;par&#233;s, mais c&#244;te &#224; c&#244;te, cherchant &#224; accorder leurs vitesses &#8211; qui rappellent les longues marches harmonieuses dont Naruse avait le secret. Beau moment, qui ne rach&#232;te qu'en partie une longue addition de petits mouvements flottants peu inspir&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;7.4&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Samedi matin &#224; 8h30, le Grand th&#233;&#226;tre Lumi&#232;re &#233;tait plein pour la pr&#233;sentation du dernier film d'&lt;strong&gt;Arnaud Desplechin&lt;/strong&gt;, &lt;i&gt; &lt;strong&gt;Jimmy P (Psychoth&#233;rapie d'un Indien des plaines )&lt;/strong&gt;, &lt;/i&gt; et la salle du soixanti&#232;me a comme toujours servi de roue de secours. Cette salle a la particularit&#233; d'&#234;tre une tente ; sous des trombes d'eau, la pluie s'invite dans la bande-son et apporte un degr&#233; d'intimit&#233; suppl&#233;mentaire &#224; la longue psychanalyse que le film raconte.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De la part de son auteur, &lt;i&gt;Jimmy P&lt;/i&gt; est un film &#233;tonnamment simple et suit le traitement, du diagnostic t&#226;tonnant &#224; la gu&#233;rison incertaine, d'un ancien soldat am&#233;ricain d'origine indienne, telle que l'a racont&#233;e son psychanalyste George Devereux. Le premier est Benicio del Toro, qui &#233;voque beaucoup le Joaquim Phoenix de &lt;i&gt;The Master&lt;/i&gt;, sans le jeu en force et la douleur contagieuse qui en faisait l'int&#233;r&#234;t ; le second est Mathieu Amalric, comme toujours excellent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour que la cure commence, il faudra que le premier apprenne que les maux dont il souffre sont plus anciens que la guerre o&#249; il croit les avoir contract&#233;s, et que le second, invit&#233; en tant qu'anthropologue pour &#233;tudier le cas suppos&#233; d'un Indien fou, conc&#232;de &#224; son objet la place du sujet - par quoi il deviendra psychanalyste. Aussi la psychanalyse sert-elle l'&#233;mancipation de ses personnages et, offrant le cadre d'une rigoureuse &#233;tude de caract&#232;res, la lib&#233;ration de la fiction.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le film a un peu d&#233;&#231;u ici par sa simplicit&#233; &#8211; d'autres disent sa platitude &#8211; tant le moteur psychanalytique ne sert pas une fascination pour les zones d'ombre, mais un travail pour faire toute la lumi&#232;re. Les fermetures &#224; l'iris qu'affectionne tant Desplechin sont donc rares et le film peut parfois donner l'impression, &#224; mon avis trompeuse, qu'il s'&#233;gare. Desplechin s'approche encore un peu plus de l'Am&#233;rique. D&#232;s le g&#233;n&#233;rique, on entre sur le territoire am&#233;ricain par des personnages &#233;trangers &#8211; un Indien, un Roumain naturalis&#233; fran&#231;ais. La conversation qui s'instaure entre Jimmy et George devient alors la conqu&#234;te en miniature d'une nouvelle Arcadie, d'une Am&#233;rique o&#249; n'entrent que ceux qui ont recouvr&#233; la m&#233;moire, le d&#233;sir et l'amiti&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;5.9&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Grand Central&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; de &lt;strong&gt;Rebecca Zlotowski&lt;/strong&gt; a un peu souffert d'&#234;tre vu &#224; la suite de &lt;i&gt;Jimmy P&lt;/i&gt;. Non qu'il soit rat&#233; &#8211; au contraire : il est nerveux, compact, efficace, inventif, et entoure ses sujets d'un amour sinc&#232;re. &#192; partir de l'image de la centrale du Tricastin, que nul ne peut manquer s'il lui arrive de descendre en TGV vers Avignon, son sc&#233;nario manifeste une curiosit&#233; infectieuse pour le sujet nucl&#233;aire, et la premi&#232;re demi-heure, qui en pr&#233;sente la machine technologique et sociale, est particuli&#232;rement r&#233;ussie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais l'id&#233;e d'utiliser ce contexte pour rendre sensible la toxicit&#233; des histoires d'amour ne prend pas. D'un c&#244;t&#233;, elle laisse en friche la fiction sociale, technologique, politique du monde nucl&#233;aire ; de l'autre, l'histoire d'amour entre Tahar Rahim et L&#233;a Seydoux reste en germe. Pour qu'elle fonctionne, il aurait fallu que les personnages soient dot&#233;s d'une histoire et d'un d&#233;sir qui exc&#232;de leur proche environnement. Certes, c'est toute l'id&#233;e de construire des personnages accul&#233;s &#224; la fois dans le centre de la fournaise et aux marges de la soci&#233;t&#233;. Mais m&#234;me l&#224;, un personnage n'est int&#233;ressant que si l'on y d&#233;c&#232;le &#224; leurs vies quelques causes et quelques aspirations, quitte &#224; ce qu'elles fusionnent ensuite brutalement dans la passion.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Autrement dit, le sc&#233;nario semble &#224; la fois tr&#232;s &#233;crit et farouchement anti-psychologique, comme si sur le plus intime, l'art commandait de ne rien dire et de passer le relais aux images et &#224; la fascination pour les corps. Mais c'est justement en ne creusant pas le sujet amoureux que toutes les images, aussi belles soient-elles, prennent une teinte ind&#233;finie et psychologisante.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;9.3&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;L'Inconnu du Lac&lt;/strong&gt;,&lt;/i&gt; heureusement, a &#233;t&#233; reprogramm&#233; le lendemain de sa pr&#233;sentation. Il se d&#233;roule int&#233;gralement autour d'un lac du Sud de la France, dans l'eau o&#249; nagent des &#233;ph&#232;bes, sur les rives o&#249; ils s&#232;chent nus et se rencontrent, dans les bois o&#249; ils baisent. Le climat est invariablement estival, mais les rythmes et les humeurs ne cessent de varier. &lt;strong&gt;Alain Guiraudie&lt;/strong&gt; sait rendre peu &#224; peu ses espaces et ses personnages familiers et donner l'impression que le cin&#233;ma peut surgir de la vie avec fluidit&#233;, s'il sait y travailler le plaisir plut&#244;t que la poisse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La b&#233;atitude est ais&#233;ment partageable mais difficile &#224; atteindre. Elle commande de ne pas transiger avec le plaisir et de l'exposer frontalement. Les sc&#232;nes de sexe sont nombreuses mais jamais r&#233;p&#233;titives ; partout les plans se r&#233;p&#232;tent mais les relations varient. On se surprend &#224; penser souvent &#224; Hong Sang-soo ou &#224; Apichatpong Weerasethakul et, pourtant, dans l'&#232;re du cin&#233;ma asiatique et des films de jungle, Guiraudie ne les imite jamais et ne parait influenc&#233; que par ce vieux pays qu'il repeuple.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ici, ce n'est pas le merveilleux qui prolonge ce que le r&#233;el ne parvient pas &#224; accueillir mais l'inverse : on dit que des cr&#233;atures l&#233;gendaires habitent le lac et menacent les nageurs mais celui qui y fera appara&#238;tre le danger se laisse concevoir en toute clart&#233;. Lorsque, peu &#224; peu, le r&#233;cit vire au film de genre, celui ne ressemble plus du tout &#224; une mauvaise recette plaqu&#233;e faute d'id&#233;es mais au prolongement naturel des sentiments les plus insolubles et les plus n&#233;cessaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De m&#234;me que si l'on peut &#233;voquer &#224; son endroit &lt;i&gt;Fen&#234;tre sur cour&lt;/i&gt;, c'est uniquement car il travaille, ailleurs mais au m&#234;me endroit, la parent&#233; du spectateur et du voyeur ; comment il parvient &#224; la reformuler en dehors de toute culpabilit&#233;, dans un rapport qui ne craint ni d'&#234;tre lourd ni d'&#234;tre dr&#244;le, comme cet intrus qui devant chaque couple retranch&#233; dans l'intimit&#233; d'un fourr&#233;, qu'il discute ou fasse l'amour, se rince l'oeil et part gentiment si on le lui demande.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Dessin : Giovanna Giordani.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>L'Auberge sur la lagune</title>
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		<dc:date>2013-05-01T12:05:33Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>No&#233;mie Luciani</dc:creator>



		<description>Les films issus de la derni&#232;re s&#233;lection de la Quinzaine 2012 se suivent et ne se ressemblent pas. Apr&#232;s No, ses constructions analytiques solides, ses ambitions documentaires, La Sirga appara&#238;t comme un &#238;lot d'abstration o&#249; les symboles flottent au gr&#233; du vent, o&#249; presque rien ne se dit, o&#249; ce que l'on voit entreprend rarement de ne faire qu'un sens. On se joint au parcours, ou l'on d&#233;cline. J'y entre. Par les yeux : les images de La Sirga, d&#233;li&#233;es de tout utilitarisme narratif, se succ&#232;dent et (...)

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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les films issus de la derni&#232;re s&#233;lection de la Quinzaine 2012 se suivent et ne se ressemblent pas. Apr&#232;s &lt;i&gt;No&lt;/i&gt;, ses constructions analytiques solides, ses ambitions documentaires, &lt;i&gt;La Sirga&lt;/i&gt; appara&#238;t comme un &#238;lot d'abstration o&#249; les symboles flottent au gr&#233; du vent, o&#249; presque rien ne se dit, o&#249; ce que l'on voit entreprend rarement de ne faire qu'un sens.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On se joint au parcours, ou l'on d&#233;cline. J'y entre. Par les yeux : les images de &lt;i&gt;La Sirga&lt;/i&gt;, d&#233;li&#233;es de tout utilitarisme narratif, se succ&#232;dent et dessinent entre deux &#233;chos le paysage rempli d'&#226;me de la lagune chilienne. La photographie est merveilleuse, la composition des plans et les jeux de lumi&#232;res ont une finesse digne des images de Steve McCurry. La palette est moins vive, des verts, des gris, des terres noires, toutes les teintes salies de coul&#233;es d'ombre et de boue, troubl&#233;es de vitre en vitre, concentrant l'or des bougies.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La logique photographique est pouss&#233;e au maximum. La vie quotidienne s'offre &#224; voir en natures mortes, le moindre chou pr&#233;par&#233; pour la soupe se doit d'&#234;tre film&#233;, sa couleur, sa texture mises en sc&#232;ne avec autant de soin que les regards intenses de l'h&#233;ro&#239;ne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le portrait se confond avec le paysage, qui n'est jamais d&#233;cor. Alicia, seule rescap&#233;e d'un incendie criminel, trouve refuge chez son oncle, dans une auberge d&#233;cr&#233;pie au coeur de la lagune, loin de tout. Entre les lieux et elle se d&#233;veloppe un rapport &#233;trange, qui tient &#224; la fois de l'inclusion, de l'&#233;tranget&#233; confirm&#233;e par mille d&#233;tails, et de la possession mutuelle. Devant l'auberge, l'immense &#233;tendue d'eau, et la petite plage o&#249;, la nuit, elle vient enfouir des bougies allum&#233;es de sa main d&#233;cid&#233;e de somnambule. Dans l'auberge, des chambres interdites, et des cloisons qui s'ouvrent comme des portes, pour faire cadre &#224; nouveau : sur le corps d&#233;nud&#233; de la jeune femme o&#249; s'&#233;garent des yeux d'hommes &#8212; son oncle et le fils de son oncle, par l'interstice entre deux planches.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On se lasserait vite &#224; r&#233;citer ainsi les symboles, comme on r&#233;cite le chapelet, grain par grain, avec une variation tous les dix po&#232;mes. Il y a dans le cheminement de &lt;i&gt;La Sirga&lt;/i&gt; quelque chose de la transe mystique, une transe &#224; froid, o&#249; tout est imm&#233;diatement senti comme au-del&#224; des mots. C'est qu'il n'en est gu&#232;re besoin pour comprendre ce dont on parle : une Gen&#232;se &#224; rebours du p&#233;ch&#233; originel. Un nulle-part noy&#233;, &#224; la fertilit&#233; toute grise, d&#233;sesp&#233;rant dans sa splendeur : l'Eden. L'Adam : incestueux, ou mort, le coeur pourrissant dans la vase. Triste et grave, sa nature enclose dans un corps alenti, gagn&#233; &#224; la lourdeur des eaux dormantes, et comme elles gracieuses, en sommeil : la Nouvelle Eve.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_1637 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://independencia.fr/revue/IMG/jpg/la-sirga1.jpg' width='500' height='333' alt=&quot;&quot; style='height:333px;width:500px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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